La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

• , LA SITUATION POLITIQUE population conquise. - Les peuples conquérants se convertirent à la foi chrétienne, mais l'Eglise ne pom·ant, ni leur donner un droit politique, un droit social qu'elle ne possédait pas, - ni substituer à l'organisation du travail fondé sur l'escla\'age désormais aboli. une autre organisation, - le servage remplaça avantageusement ;·esclavage. Car le serf était moins l'escla\'e de l'homme que de la terre: il y a,·ait dans œt état de soumission et de redevance partielles au seigneur, un commencement de propriété et par conséquent de liberté. - La plénitude de cette dernière. avec son s11bstrnt11111 indispensable. l:t propriété, était l'apanage réservé aux descendants de la race conquérante. di sti nguée de la race conquise par les titres de noblesse. Grâce à !'instinctif besoin de progrès, plus fort que tous ks obstacles, et sous l'impulsion de la Renaissance, puis de la dc.:ouvcrte de l'im;)rimerie et du Nou\'eau-Monde. un mouvement d'affranchissement se produisit, rapide chez les artis::ns. très lent chez les pays:111:;. Ainsi naquit le salaire qui. peu ~1 peu substitu-: au sen·age. dc,·int la base d'une constitution nom·elle du travail. - Le salaire dépendant de ceux qui achètent le travail. quelques-uns réussirent à échapper à cette dépendance et à acquerir la condition de fait ou matérielk de la liberté. c'est-à-dire un fonds indi,·iduel de propriété. De là. J"oriµ:inc de la Bourg-:oisie ou Tiers-Etat, qui trou\'a la garantie politique indbpensable i sa sécurité dans l'établissement des communes, dont l'institution est une des principales phases du développement de la liberté et du progrès de la civilisation. Cependant, s'il n'y eut plus d ·escla,·es, dans la Commune du Moyen-Age comme dans la Cité antique, il y eut encore des plébéiens, des prolétaires, le peuple, la plèbe; - et au-dessus une aristocratie hourgeoise, chaque jour accrue par ceux qui étaient pan·enus à se créer un1cp: ropriété, complément de la ·liberté et sa garantie première. - Enfin, après les jacqueries, lorsque la noblesse, encore i1westie de priYilèges, fut privée de puissance politique, le même flot du progrès qui avait apporté les Communes et les Corporations, les remporta (pour les transformer) dans la tourmente révolutionnaire, qui fit disparaitre toutes les prérogatins. Le droit humain réapparut triomphant. et dans le premier enthousiasme, les organisateurs de la Révohition française espéraient fonder la législation complète de l'Humanité. On sait ce qu'il advint ... Les mœurs s'adoucirent, l'arbitraire rencontra des obstacles plus puissants; la justice, moins partiale, prit une forme plus régulière; la faiblesse fut mieux protégée; par l'effet même de l'affranchissement du travail et par l'extension de la propriété, et l'énorme essor de l'industrie, la richesse s'accrut, et aussi le nombre des riches: et ainsi une sève plus abondante de liberté circula dans le corps social. La Révolution n'ayant pas été intégrale, l'humanité n'ayant pas

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