LA REVUE SOCIALISTE breuse partie de la société ne tarda pas à être transformée en chose. D'où encore l'atroce tyrannie qui pesa sur les ilotes. De mème à Athènes, où le peuple finit par recevoir du trésor public une subvention qui lui permettait de vaquer aux affaires publiques, mais où l'esclavage mitigé n'en était pas moins la base matérielle de la cité, le moyen et la garantie de la liberté de l'homme ,·éritable ou du citoyen. Au surplus, cette institution n'empêchait nullement les luttes intestines entre citoyens, à cause de l'inégalité des propriétés et des revenus, et puisqu'encore une fois, l'égalité et la liberté étaient ltt base du droit qui réglait les relations entre citoyens. mais que la liberté se résumait constamment dans la question de la proprieté. L'on répète souvent que l'esclavage domine l'antiquité, le servage le moyen-àge et le salariat la société contemporaine, et que le salari~lt disparaitra comme ont disparu l'esclavage et le servage. Cette nie est absolument juste, mais incomplète, notamment en ce qui concerne l'antiquité. Les esclaves étaient des êtres à part, des sortes d'animaux domestiques, presqu'en dehors de l'humanité. Le progrès des idées, quelques ré\'oltes partielles, comme celle de Spartacus, l'alliance prngressive tacite et inconsciente des esclaves et des prolétaires. l'influence du stoïcisme et du christianisme, la constatation avec toutes ses cons~- quences, de l'intellectualité des esclaves (combien ont dù dire le mot de Figaro sur les maîtres!), la montée sociale et l'affranchissement de quelques-uns d'entre eux, la mèlée d'esclaves qui fut le résultat de l'inYasion des barbares, etc .... , tous ces fadeurs réunis devaient fatalement venir à bout de cette institution sen·ile spéciale. L'esclavage mis à part, à Rome comme à Athènes, l'on Yoit d~s l'origine deux races ·profondément distinctes, les plébéiens (gmtcs 111inorcs) et les patriciens (gcntes 111ajores), dont les luttes intestine~ remplissent toute l'histoire de la Républiql:::! romaine. Ce n·est qu'à force <le persévérance et d'action politique régulière et continue que les plébéiens romains conquirent successivement la participation aux rites sacrés, au commandement militaire et à toutes les magistratures ci,·i!es, et revendiquèrent constamment, avec l'égalité religieuse, politique, civile, la liberté et la garantie de la liberté, c'est-à-dire une certaine propriété. Chacun se rappelle les alternatives de succès qu'eurent à Rome la réaction et le progrès. Un moment, la loi ordonna le partage des terres conquises et fixa <les limites à l'étendue des possessions. Mais la violence. la fraude et l'usure, cortège inévitable de la propriété individuelle, finirent par corrompre la nation entière; et le prolétariat ne vit plus d'autre issue que le césarisme. Par peur de Charybde, il se rua dans la servitude impériale, mais il tomba sur Scylla, où il retrouva déjà installés ses mèmes oppresseurs qui l'avaient devancé. Vint ensuite l'invasion des barbares, et l'asservissement de la
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