La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

. LA SITUA TIO?\ POLITIQUE LASITUATIOPNOLITIQUE Qu'est-ce que le monde? Un mélange de bien et de mal, de Yérités et de faussetés, de lumières et de tén~bres, de justice et d'injustice. d'égoïsme et de désintéressement, d'individualisme et de solidarisme. Ce mélange, d'après les philosophes du beau pays qui, d'après Michelet. fut ,, la grande route du genre humain >', suppose l'existence de deux principes, l'un bon Ormuz, l'autre mauvais Ahriman, qui sont en lutte dans l'univers. Acceptons cette conception en tant qu'allégorie, et Ormuz personnifiera le Progrès et Ahriman la Réaction. Et, en effet, la Yie sociale n'a-t-elle pas toujours été un combat entre le bien et le mal, entre la réaction et le progrès, entre l'escla\•age et la liberté; aujourd'hui, nous disons entre l'économie politique entendue comme science de la richesse et le Socialisme. A défaut des convictions religieuses ou philosophiques, l'histoire de la civilisation ne Yient-elle pas tout entière témoigner en faveur du triomphe plus ou moins lointain du bon principe, c'est-à-dire de la Liberté et du bonheur individuel par le Solidarisme social ou Socialisme. L'Humanité suit une spirale qui, tournant toujours sur elle-même, va s'élargissant sans cesse. Si la route d11 Progrès est jonchée de martyrs, si l'histoire de l'Humanité est le plus passionnant des récits, c'est parce qu'il y a toujours eu lutte entre la réaction et le progrès, tel qu'il était donné de le concevoir aux différents stades de l'Humanité. En Grèce, chaque cité se divisa en deux partis perpétuellement en guerre, le parti aristocratique qui, à l'aide de ses richesses, tendait à absorber le pouvoir par la propriété et la propriété par le pouvoir, le parti démocratique ou le peuple qui réclamait sa part de pouvoir et de propriété pour défendre sa liberté. A Sparte, on fit un partage égal des biens, mais com1,1e l'on n'abolit ni la propriété individuelle, ni par conséquent l'h~ritage, l'égalité originelle du partage disparut bien vite. Et la constitution de la liberté, n'étant au fond que la constitution de la propriété, la plus nom-

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