La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE porte à douter des faits, à ne point c1oire à la foudroyante action de la mort, à tel point que si, tandis que je parle, Bernier arrivait derrière moi, me touchant à l'épaule, je me retournerais, souriant, d'un air très naturel, les mains tendues pour l'embrasser. Mais ce n'est là que du rêve, du triste et ironique rhe. Bernier est mort. et, si quelque chose me touche à l'épaule, ce n'est plus que le fantome du passé, me conviant au rappel des joies, au ressouvenir des affections cordiales à jamais défuntes. Henri Heine eùt dit de lui « qu'il avait une âme harmonieuse, une âme sonnant clair ». En lui, la vie entière, plaisirs et douleurs, s'épanouissait en un besoin de justice et d'indulgence universelles. Il professait un panthéisme doux, tout en ayant les révoltes robustes. Bernier connut comme beaucoup trop d'entre nous, la souffrance. Ce n'est pas toujours la mort qui tue. Ah! qui dira nos labeurs sans trê,·e. toutes nos angoi~ses, et toutes nos détresses, nos combats de chaque jour pour la conquête du pain. Nos années de misère et de ,·entre vide, toutes ces horreurs sociales qui feraient de nous des fous, si elles n'en faisaient des ph1isiques ! La mort ! allons donc ! il y a bien autre chose! Il y a le bras qui arme la tragique faucheuse ; il y a le Moloch capitaliste, qui ne saurait vivre que de tortures et de désespoirs et sans lequella Mort aurait pitié_des jeunes hommes de trente ans. Eb ! bien, nous te disons adieu, mon pauvre Bernier, ou plutot, car l'adieu est trop pénible, nous t'adressons l'au-revoir qui te laisse ,·ivant parmi nous, Plus d'une fois nous viendrons causer ici avec ton souvenir, nous y rappellerons ensemble nos belles années d'enthousiasme. Et tu es de ceux que nous reprendrons à la terre, le jour où quiconque souffrit, sera par nous vengé, le jour où, renversant les panthéons qui réunissent côte à cote le fétichisme politique et le fétichisme militaire, nous édifierons splendidement le panthéon de l'humanité où prendront place les vaillants qui luttèrent pour l'idée de justice, tous ceux qui furent grands, parce qu'ils surent être bons. Le citoyen Perthuis, ferme la série des discours, en venant apporter l'adieu de la Maison dn Pe11ple à Bernier qui en fut un des premiers adhérents. Tout est fini! Un dernier regard au cercueil qui va disparaître sous la terre .. , et nous quittons ce cimetière, y laissant un peu de notre cœur avec les meilleurs rnuvenirs de jeunesse. flottant autour des tombes aimées. Raoul DELONS,

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