ROBERTBERNIER si vastes. à tous égards, avait hàté l'éclosion de son talent si viril, d'une loyauté et d'une sincérité auxquelles il semble presque puéril de rendre hommage, tant elles dominent toutes ses productions. Il a,·ait u se crl:!erun style bien personnel, précis, vibrant, exempt de recherches pédante. mais toujours soucieux du mot juste, de l'image pittoresque : rapide et nerveux, marchant droit au but fixé. ne s'attachant aux descnptions des paysages rencontrés sur la route, que juste le temps de marquer d'un trait plus accentué le milieu où les personnages et les idées érnluaient. Comme l'a dit notre ami Fournière, Robert Bernier "a bien rempli sa journée 1 » Son nom s'ajoute à la liste - hélas. trop longue! - des morts aimés, compagnons de luttes auxquels il avait lui-m~me voué un culte !tddc: Fernand lcres, Jean Lombard, Auguste Fourès, Léon Clade!, Benoît Malon, tous les plus grands, les apôtres d'un idéal splendide' dont ils nous ont légué la Yision. Bernier. avait su se faire comprendre d'eux et s'en faire aimer! <211elplus bel éloge pourrions-nous faire de l'ami trop tôt disparu? .. Raoul DELONS. 10 Décembre 1893. La dépouille mortelle de Robert Bernier, proYisoirement inhumée à Hyères, a été ramenée à Paris par les soins de celle qui, pendant deux ans le disputa héroïquement à la mort. Elle a \'Oulu que son mari dormit son éternel sommeil dans ce Paris qu'il avait tant aimé et où i1 a\'ait su conquérir des amitiés si ·vives et si durables. A dix heures, ce matin, les familles Bernier et Lamba, accompagnées des amis les plus intimes, venaient à la gare de Lyon, chercher le cercueil pour le conduire au cimetière du Père-Lachaise. Le cortège. déjà nombreux au départ de la gare, s'augmentait à l'arri\'ée au cimetière de tous ceux qui avaient voulu apporter un dernier témoignage d'affection au vaillant artiste et au lutteur plein de foi que fut Bernier. Ce n'était pas, certes, la foule des grands convoi~ politiques ou littéraires, où se mêlent tant d'indifférents, avec le seul désir d'être vus. Tout à l'heure, chacun des assistants avait le cœur poigné et rien n'était d'une tristesse plus intense que les larmes coulant, silencieuses, sur les. visages de ces hommes dont tous, ardents et énergiques, jetés dans la mêlée, sentaient quelque é'hose se briser en eux, en pensant au frère d'armes qui s'en était allé bien avant l'heure. Ils étaient tous là, les camarades des premières luttes : Eugène Fournière, Rodolphe Simon, Adolphe Tabara.nt, Maxence Roldes, et les autres rédacteurs de la
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