La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE une impression q\1i susdtc la thèse dans l'esprit ou dans le cœur du lecteur, selon que l'auteur a voulu s'adresser à la raison ou au sentiment. Sa volonté d"être ·vrai et /m111ai11 l'a garé à la fois des gongorismes où se p.:!rd, à mon sens, toute une partie de la jeune génération. et du mysti..::isme t1ottant qui, pareil à ces vents mous et poisseux. montant par les lourds midis d'été, de notre mer Méditerranée, alanguit d dissout tant d'esprits dans le far-11il'l1fc des rêves impossibles. ,, Et plus loin de Ricard résume son impression sur Bernier dans cette phrase typique : " Robert Bernier est une volonté mâle, maniant virilement unoutilsùr." Bernier avait aussi dirigé pendant deux ans, les Au11alesArtisliq111.:s et Liitùaircs. et collaboré à de nombreux journaux de prO\·in..::e.notamment : La Fr,111ceModcme, de Marseille. l'Action et le Pmp!t, de Lyon, le Midi Rcp11blicai11, de Toulouse, etc. A Paris, il donnait des études, sans distinction. à toutes les publi cations où l'art social pouvait être proclamé cn1défendu. Vers la fin de 1890, il était entré au Raffd et, sans nul doute, il y eùt conquis une grande situlation si lamaladie. prenant à ce moment un caractère plus aigu, ne l'avait force ù s'éloigner de Paris ! Il avait profité de son séjour dans le Midi pour fonder un vaillant petit organe. le Soci<1lisfcHyérois, très goûté des socialistes du Var. Il laisse encore un roman : Ma/Ils càllmses, dont nous espérons également pouvoir annoncer dans quelque temps la publication. Il avait encore d'autres projets, très vastes. Se rappelant ses premieres années, il se préoccupait, à juste titre, du grand poblème de l'éducation de l'enfance et préparait un Ma11uel d'Éd11cation ci-uiquc, que la mort ne lui a pas laissé le temps d'exécuter. Il aurait voulu souffler aux jeunes ames, dès leur éveil, un peu de la généreuse ardeur qui le soutenait. L'idée lui survit, car elle répond à un besoin pressant. L'initiative qu'il avait prise reste, toutefois, à son actif et il nous est permis de dire, qu ;, sïl e~1tpu être écrit, ce Ma,wel n'eùt pas été la partie la moins f~conà ·,de son œuvre. Si l'on tient compte de sa jeunesse et des conditions dans lesquelles il a dù travailler, l'œuvre de Bernier apparait comme suffisante pour justifier les grandes espérances - en partie réalisées déjà - que l'on fondait sur lui, et expliquer la vivacité et la profondeur de nos regrets, Par ce qu'il avait déjà fait, on pouvait prévoir, sûrement, la grande place qu'il eùt occupée, un jour, dans notre littérature socialiste. Sans avoir la rutilance et l'intensité de coloration de Léon Clade!, ni la poésie sereine et large de Benoit Malon, le commerce de ces deux esprits

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==