ROBERT BERNIER s'aŒrrnât, à l'œuvre qu'il devait accomplir. Mais le principe est resté debout. d'autant plus vivace qu'il émane d'une mentalité nouvelle, irréductible chez les uns, encore incertaine chez d'autres. assez puissante, en tout cas. pour attirer les esprits sincères et ksdiriger, infailliblement , vers cette conception supérieure et superbe de \'effort artistique. Bernier fut un de ceux qui restèrent le plus fidèles à l'art social. Il continua la propagande. sans relâche, par la p:Hole, par ses écrits et aussi par sa critique. Il prit part aux conférences organisées dans les bureaux de la Rc-v11eSocialiste, analysant les productions des écrivains ou poètes que le socialisme pouvait revendiquer comme siens, e~aminant aussi les livres des tièdes et des adversaires, toujours au même point de nie éle\·é, montrant l'inévitable aboutissement au socialisme de toute étude sincère de la vie actuelle. C'étaient des causeries familières. Il ne recherchait, certes. ni la grande éloquence. ni l'e!Tet. Il restait sinii)le, avec une élocution aisée où se sentait. parfois. sous le calme apparent, la vibration d'une àme qui ne savait et ne ,·oulait, d'ailleurs. se défendre contre l'émotion. Au milieu de toutes ces occupations. il n'oubliait pas cette Villa Bo11Accueil, où Léon Clade! recevait ses amis, et à laquelle notre éminent collaborateur Georges Renard consacrait - ces jours-ci - un si éloquent feuilleton, dans la Petite Rép11bliq11Fcrn11çaisc. Clade! avait pour Bernier une affection si grande qu'il ne l'appelait plus que l<..crkadcc II. le baptisant ainsi du nom d'un de ses héros préférés. Et, comme sanction à cette amitié, il avait autorisé notre ami à tirer de Kcrkadcc - un pur chef-d'œuvre que le public sera tout étonné de découvrir un jour, après l'aYoir longtemps ignoré- une pièce qui, reçue au Théâtre Libre, etît été jouée, déjà, sans une divergence de vues, survenue entre le directeur et l'auteur. sur un détail de mise en scène. Tout récemment, Bernier aYait publié. en un petit \'Olume très élégamment édité. sous le titre de 'Ebauches, quelques-unes de ses nouvelles, précédées d'une préface de L. Xavier de Ricard. Nous ne pouyons résister au plaisir de reproduire le passage essentiel de cette préface, qui caractérise mieux que toute autre appréciation, les tendances de !'écrivain : « Robert 'Bernier est un naturaliste si l'on veut, en tant qu'il prend ses sujets dans la réalité ambiante; mais. observer la réalité, c'esi beaucoup et ce n'est rien. Il croit que l'art a une destination sociale et que les tentatives actuelles, éparses encore dans l'incohérence des petites coteries personnelles, c..onvergeront toutes, et prochainement, à un art socialiste. La tendance est manifeste et indéniable, et Bernier la prouve autrement que par des théories. Chacun de ces petits récits, dont quelques-uns sont très poignants, rendus encore plus intenses par leur brièveté, ne comporte certainement pas une thèse affirmée comme autrefois l'était la moralité à la fin des fables, mais elle se résume en
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==