La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE jotir, - ces premières années de sa vie. Il y a bien des pages poignantes dans cc récit, un rappel attristé des mis~res subies, des premiers heurts de ses sentiments avec les préjugés étroits et les mesquincri;}s d'une éducation moitié militaire et moitié religieuse. Mais il était trop juste pour n'y avoir pas joint les ressouvenirs attendris de quelques bonnes heures, et des amitiés rencontrées dans ce milieu spécial! ... D~s qu'il fut libre, il vint à Paris prit un emploi dans le commerce et commença cette existence en partie double, - employé le jour, écn- \'ain la nuit, - où sa santé devait s'altérer peu à peu, sous l'effort considérable d'un labeur physique et intellectuel 111interrompu. l\lis en relations avec Benoit J\lalon et Léon Clade!, deux maitres aupr~s de qui les rornmençants. roujours, étaient sùrs de trou\'er accueil cordial et parole réconfortante, il fut lié rapidement, avec eux. par une amitié profonde. Sous leurs auspices, il fonda cette Revue Modcmc dont l'action, tant qu'il la dirigea avec son ami Cassard, fut si féconde, Cest de la Rci•11cModerne, comme on l'a rappelé ailleurs, que prirent leur essor tant de "jeunes ", alors inconnus et dont les noms, maintenant, sont familiers à la foule. C'est aux diners de la« Moderne, ..,. dans ce petit restaurant de la Chapelle où l'on se réunissait tous les mois pour causer art et littérature, que prirent naissance bien des projets, réalisés depuis. et que s'ébauchèrent des œuvres dont quelquesunes forcèrent l'attention. Doux et modeste, Bernier aidait de toutes ses forces ù la réussite de ses collaborateurs/'se contentant d'une place à côté d'eux, tout heureux lorsqu'il ,·oyait un camarade sur le chemin du succès. Car nul, plus que lui, n'aima l'art d\111amour plus entier, ave;:: une fer\'eur plus grande et plus personnellement désintéressée. Mais -:ette ardeur littéraire, cette poursuite passionnée d'un idéal artistique ne l'occupaient pas seules! Il était \'enu, de bonne heure, au socialisme, par destination toute naturelle de son grand: cœur, par ce même instinct de dé\'oùment et de solidarité, qui le faisait s'effacer pour mieux sen·ir les autres, par la poussée irrésistible de son esprit, asso11Téde vérité et de justice. Et. sitôt que, instruit par son ,< grand ami ,, Malon, il put cntre,·oir l'a\'enir radieux des réalisations socialistes, il se donna tout entier à l'œu\'re commencée, apportant aux premiers élaborateurs de la Rc'ï.meSocialiste un concours absolu, très apprécié d'eux. Dès lors, sa voie était trouvée! 11devait être un des propagateurs les plus actifs de l'art social, en dehors de toute formule d'école, cherchant seulement à amener au socialisme les forces artistiques éparses, à les faire converger toutes vers un art transformé sous l'inspiration des nécessités sociales. C'est dans cet esprit qu'il se joignit à quelques camarades, épris des mêmes idées, pour fonder le Club de l'Art Social, où se rencontraient, à côté de purs sociologues, des écrivains venus des points les plus divers de l'horizon littéraire. Le Club ne vécut pas longtemi)S ! Des léments dissolvants avaient pu s'y glisser et nuire, avant qu'elle

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