La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

60 LA REVUE SOCIALISTE LE PROLÉTARIATGRICOLE (Suite et fin) Proudhon, dans son Idée générale de la Révolutio11, 1 avait proposé un moyen, qui semblerait être plus conforme aux lois économiques, pour opérer sans trop de secousse la transformation agricole. Ce procédé, qui excluait toute rétroactivité, transformait le cultivateur en propriétaire dans un laps de temps déterminé, soit une cinquantaine d'années, les annuités de fermages qu'il continuerait de payer étant alors considérées, du jour de la promulgation de la loi, comme annuités d'amorti~sement jusqu'à concurrence de la valeur vénale de la propriété. La transition était ainsi ménagée ; les propriétaires terriens, dépossédés graduellement, avaient le temps de se pourvoir, et les divers inconvénients que nous venons de signaler paraissaient de la sorte évités. ll y a pourtant à ce procédé, étant données les circonstances, des objections assez graves. Celle qui nous frappe avant toute autre est que, si le moyen est parfaitement économique, il n'est pas révolutionnaire; il ne va pas au but aujourd'hui proposé qui est d'incorporer à la Révolution, dans le temps très court dont elle dispose, en quelques mois, la masse des prolétaires ruraux. Il ne faut pas se figurer que le paysan accueillerait d'enthousiasme la promesse d'un décret qui le rendrait maître de la terre au bout d'un demi-siècle. Le paysan ne croit qu'à ce qu'il tient; sa sagesse dit, avec celle des nations, « que le moineau dans la main vaut mieux que la grue qui vole ». ll n'ajoutera pas foi aux promesses de la Révolution parce qu'il ne croit pas, et il a raison de n'y pas croire, à sa durée; mais il appréhendera, non sans cause, les représailles du parti des riches, pa1 ce qu'il pense qu'enfin de compte ils reviendront toujours sur l'eau. Accoutumé d'ailleurs à regarder comme ses ennemis les révolutionnaires, il ne recevrait leurs dons eux-mêmes qu'en défiance, hési-

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