.. " LE PROLÉTARIAT AGRICOLE tant à s'en prévaloir, en tout cas se réservant de les tourner contre eux s'il le peut. Il ne faut pas, non plus, imaginer qu'au fond de sa conscience il accepte comme légitime une dépossession des propriétaires oisifs. ln petto, il ne verrait dans cet acte de justice sociale qu'une spoliation inique, et dans ses promoteurs que d'effrontés bandits ; - très disposé du reste, sa moralité étant à la hauteur de son intelligence économique, à profiter de cette iniquité prétendue s'il avait quelque garantie d'avoir à le faire en séc1._1ritéA. défaut de quoi, fidèles à ses habitudes circonspectes, il se tiendrait sur la réserve en appréhension du lendemain. La mesure qui lui conférerait dans l'avenir la qualité de propriétaire deviendrait de la sorte infructueuse; il n'en viendrait pas davantage à la Révolution. Aussi n'est-ce pas une échéance à cinquante années que la Révolution devra offrir au paysan. C'est un avantage immédiat qu'il faut lui mettre dans la main, tel qu'il en jouisse sur-le-champ, tel aussi, disonsle, que, d'une autre part elle puisse toujours le lui retirer, en sorte que, loin qu'elle se mette à la discrétion du prolétariat campagnard, il reste au contraire à la sienne. Le premier but serait donc manqué. Ce n'est pas tout. La mesure proposée par Proudhon recèle un autre inconvénient, assurément fort remarquable, car il produit un résultat diamétralement contraire à celui qu'on voudrait atteindre. La mise en possession par cinquante ans de travail et par acquittement d'autant d'annuités de fermages se1~ait sans doute la chose du monde la plus simple s'il se pouva'ït que les rnèmes cultivateurs, dans des conditions invariables, se maintinssent sur les mèmes exploitations jusqu'à expiration de ce nombre d'années. Mais de fait il n'en sera pas ainsi. Ces conditions mathématiques sont hors de la réalité. Des perturbations de toute nature viendront nécessairement troubler dans l'intervalle les affaires des cultivateurs et leurs conditions d'existence; la mort fera quittes avant le terme le grand nombre d'entre eux, et les nécessités de partage consécutives à ces décès, obligeront leurs héritiers à des dispositions nouvelles. Il résultera de ces différentes causes que les uns se verront forcés d'engager ou d'aliéner leurs titres partiels de propriété, les autres d'hypothéquer leurs champs incomplètement acquis. Ainsi que les vautours se rassemblent, flairant une proie, des sociétés de capitalistes ne manqueront pas de se former pour exploiter ces situations. Bref, au bout des cinquante années, tant par voie de cession directe que par suite d'emprunts contractés, il se trouvera que la plus grande partie de la terre aura passé des mains des propriétaires improductifs non pas dans celles des travailleurs, mais bien au contraire dans les griffes de l'oligarchie financière. Loin d'affaiblir le vampirisme des manieurs d'écus, on lui aura tout au .contraire donné
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