La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

PROJET DE RÉFORME DU RÉGIME. DES SUCCESSIONS 57 Et qu'on ne vienne pas nous dire que l'agglomération en une seule main d'énormes capitaux est nécessaire à la création et au succès des grands travaux et des vastes entreprises; il est facile de voir comment l'association, même des plus petits, suffit à moins de risques pour l'état social, et d'une manière plus profitable à tous, à pourvoir à tous les besoins. Au surplus, tant que dans notre société, nous aurons la douleur et la honte de rencontrer des malheureux concitoyens, privés de toutes ressources; vivant péniblement au jour le jour, d'un ·salaire toujours aléatoire, obtenu au prix de toutes les privations, physiques et morales; tant que la maladie, la vieillesse, les chômages pourront les exposer à manquer même de pain ... il faut avoir le courage de le constater et de le dire bien haut, il sera injuste, immoral, dangereux, d'opposer à ce spectacle lamentable et inquiétant, l'étonnante et révoltante opposition de l'aristocrate gorgé de millions si nombreux qu'il ne peut même en consommer le revenu! li y à là un de ces excès dont ce riche, devrait, le premier, comprendre toute l'étendue et toute l'horreur. Pourquoi tient-il tant à séquestrer cette portion de la fortune sociale, alors qu'elle lui est comme inutile, en partie, pour ne pas dire nuisible au point de vue moral? N'est-il pas monstrueLix que beaucoup soient exposés à mourir de faim et que quelques uns puissent détenir des centaines de millions, sans qu'il y ait crime de lenr part? Il est affreux de penser que depuis qu'il y a des hommes, ils nè soient pas encore parvenus à contenir dans de certaines limites la disproportion fatale des foJ·tunes; ils ne se soient avant tout donné le devoir d'assurer au moins, la subsistance à tout homme de bonne volonté. La statistique nous révèle que plus de la moitié de l'or répandu sur la surface du globe est entre les mains de 500 individus au plus! Voilà de quoi réfléchir et s'indigner. Ce qu'il y a de certain, c'est que la loi, mieux instruite des droits et des besoins de tous ses enfants, a toujours le devoir de leur répartir plus équitablement ses charges et ses services. Le principe mème de cette sorte de restitution à la masse commune n'est pas nouveau; c'est lui qui inspire dëjà ces droits de mutation actuellement perçus et que je vous demande de modifier en raison des considérations que je viens de vous soumettre. Ce n'est_donc pas une nouveauté que je présente, mais bien seulement une modification, par voie de conséquence, à ce qui existe. Les droits actuels distinguent trois classes d'actes : les donations

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