La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

QU~STION SOCIALE ET QUESTION MORALE 597 siologiques et sociales particulières aux femmes. Il pense qu'il sera possible à la femme de mener de front la vie publique et la vie domestique sans négliger son intérieur. << Qu'on nous laisse donc en repos, ajoute-t-il, avec cette phrase : La place de la femme est au foyer et à la maison. Qu'on ne la répète pas en toute occasion tant qu'on ne sera pas en état de donner à chaque femme un mari et un foyer. tant que l'on trouvera tout naturel que les femmes du peuple prennent leur lourde part du travail de leur père, de leurs frères et de leur mari, enfin tant qu'on n'aura pas banni du monde la plaie de la prostitution. » I1 Il faut insister davantage su'r le point principal du livre de M. Ziegler. Ce qu'il met en première ligne c'est la disparition de l'esprit individualiste et la formation de l'esprit social. Ses préoccupations morales reparaissent ici, il ne croit pas qu'une réorganisation sociale soit suffis:mte pour faire naitre des sentiments appropriés à la nouvelle vie qu'elle tend à faire naitre, et son avis me parait assez bon; il croit à la nécessité d'une réforme morale, intérieure, pour préparer les réformes sociales et leur faire porter de bons fruits. Cependant il faut bien reconnaitre que la réforme morale est bien difficile en l'absence des réformes sociales. M. Ziegler lui-même a bien reconnu à propos des huit heure_s de travail qu'il y avait là une sorte de cercle vicieux·; il voudrait que l'ouvrier fut préparé à jouir de ses loisirs d'une manière suffisamment élevée, mais il ne peut être ainsi préparé s'il n'a pas d'abord des loisirs. M. Ziegler qui a bien vu la difficulté ne me parait pas l'avoir résolue. Mais, par l'esprit général de son livre qui recommande les réformes graduelles et veut qu'on les prépare,_ il est, je crois, dans la bonne voie. Il ne faudrait pas trop compter pour préparer un nouvel esprit moral et social sur de simples exhortations. L'esprit social, M. Ziegler nous le dit, exigera que chacun de nous se subordonne à l'ensemble, sache se dévouer et se sacrifier au besoin. Or il serait injuste de demander à l'homme de se dévouer et de se sacrifier sans un motif suffisant. L'esprit social ainsi compris ne peut naitre que si de grandes conditions sont réalisées, au moins à quelque degré : l'harmonie des croyances et l'harmonie des intérêts, qui ne sont pas au reste essentiellement distinctes. L'harmonie des croyances a été pendant longtemps donnée par la religion. Au nom de l'idéal commun on pouvait distribuer les ràles, assigner à chacun son devoir, son rang et sa place. Il suffit qu'il y ait une réelle communion d'idées générales et de sentiments généraux entre les diverses classes, entre les individus différents, pour que même les plus disgraciés puissent se résigner et accepter leur sort sans trop,

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