La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE en est-il ainsi? se demande-t-il. N'est-ce pas ici le plus terrible grief contre notre ordre social actuel? Par quoi nous, gens cultivés, ou, pour prévenir toute objection, par quoi nos enfants ont-ils mérité d'être dès le début de la vie, dans un monde de jouissances supérieures, dans un monde de plaisirs plus purs et plus délicats, plus raffinés et plus intelligents? Par qui ont-ils mérité - c'est là le point le plus douloureux - non seulement de trouver la vie plus douce, mais d'avoir plus de facilités pour devenir d'honnêtes, de braves gens? » Il ne se fait pas illusion non plus sur la qualité du plaisir qu'aiment à se procurer bien des gens cultivés : ,< Comme si la vraie civilisation, s'écrie-t-il, se rencontrait sous nos salles de café et autour de nos tables de réunions! et comme s'il fallait chercher au théàtre et à l'opéra les vrais plaisirs idéaux! L'art de jouir, s'il dépasse le niveau des huîtres et du champagne, est à peu près inconnu à nos classes cultivées et jamais la vraie intelligence des beautés de la nature et de l'art n'a été si près d'être réduite à zéro. >' Sur la question de la femme, particulièrement, M. Ziegler se montre hardi, et, si l'avenir lui donne raison, comme cela est possible, bien en avance sur l'opinion moyenne même des partis avancés. Tout en demandant, comme il le fait toujours, des transitions et des préparations, il ne se contente pas de se montrer favorable à l'instruction supérieure des femmes. il entrevoit sans terreur le jour où elles seront électeurs et éligibles. On se moque aujourd'hui des femmes prédicateurs mais « nous ne pouvons savoir si une femme en chaire paraitra ridicule à nos petits-fils ou à nos arrière-petits-fils. Pour moi,j'incline à croire qu'elle ne le sera plus autant qu'aujourd'hui. 11serait plus comique encore de voir une femme députée au Reichstag ou une femme ministre. Et pourtant qui pourrait dire s'il ne paraitra pas très utile à nos petits-fils d'avoir des femmes chefs de division ou conseillers au ministère de l'instruction publique, pour travailler à l'amélioration si nécessaire et si capitale de l'enseignement des femmes. Peut-être verra-t-on un jour dans cette participation de la femme à la vie publique le meilleur rempart contre un socialisme niveleur et uniformisant. » Et M. Ziegler ajoute : « N'est-on pas en droit dès aujourd'hui, quand on voit le Reichstag passer à l'ordre du jour, au sujet d'une pétition concernant l'admission des femmes aux études médicales, de lui reprocher du moins la pauvreté des raisons sur lesquelles les orateurs de la majorité ont appuyé leur refus. Comment, d'ailleurs, une assemblée non payée, et composée en grande partie de seigneurs riches et de prêtres catholiques célibataires, ~urait-elle l'intelligence des nécessités de la situation? Mais l'Amérique, et dans une certaine mesure aussi l'Angleterre, font pour nous des essais qui dans quelques années rendront possible une solution reposant sur l'expérience. » M. Ziegler n'admet pas d'ailleurs. comme valable l'objection que l'on tire en général des fonctions phy-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==