La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA SCIENCE SOCIALE CONTEMPORAINE propos de la science sociale, l'importance première, fondamentale des conditions économiques. Avant de légiférer, avant de s'entendre sur des contrats, les hommes ont dû commencer pàr vivre et ont dù s'adapter aux conditions matérielles, c'est-à-dire économiques de leur subsistance. Certes, nous n'entendons pas nier le caractère contractuel de l'organisme social, ni méconnaitre le rôle de plus en plus prépondérant du contrat volontaire dans l'organisation sociale ; nous partageons mème tout à fait l'espoir de Fouillée et de de Greef de voir les rapports sociaux prendre de plus en plus le caractére de contrats, mais ce n'est pas une raison pour ne pas reconnaitre que toute la faculté contractuelle d'une Société est toujours nécessairement, inéluctablement dominée par les conditions économiques ou organiques. De mème qu'il n'_est plus permis de méconnaître que la vie entière d'un homme, aussi bien au point de vue psychologïque que moral, est fatalement conditionnée, déterminée, par sa constitution organique héréditaire, en ce sens qu'elle n'en est qu'une résullante plus ou moins modifiée _par les c!rconstances et ·Je. genre de vie, ainsi une société est avan·t tout la· ré_sultante de ses conditions économiques qui répercutent leurs effets jusque dans les faits intellectuels et moraux, comme le prouve le développement intellectuel, esthétique, industriel ou moral, en rapport avec l~s conditions, les besoins et les nécessités variant suivant les temps et les lieux. Bien plus les conclusions de la ps_vchologie scientifique aboutissent à reconnaître le caractère mécanique, à déterminer les · 1 conditions organiques de toute notre vie p:;ychique ( 1); de même l'analyse scientifique nous oblige à rattacher la sociabilité, la moralité et le sens social aux. conditions et lois organiques sociales analogues à celles de notre organisme physiologique. C'est ce qui nous a fait dire que le fait vital. ou biologique. est essentiellement caractérisé par la fonct1011, c'est-à-dire par la synergie fonctionnelle des éléments anatomiques, de même que le fait social résulte du concours, de la coopération, c'est-à-dire de la solidarité des membres d'une même société. De sorte que le degré de développement et de vitalité d'un corps social, est directement proportionnel au degré de socialisation, c'est-àdire au degré de correspondance. de solidarité des co-~ociétaires, absolu~ ment comme le degré d'hiérarchisation d'un animal est exprimé par son degré d'unification, de synergie fonctionnelle depuis les simples colonies animales, si bien décrites par Perrier (2), jusqu'aux plus hauts sommets de la personnalité humaine d'un Pascal, d'un Newton ou d'un Kant (.3). En somme, il en est d'un organisme social comme d'un organisme animal, comme d'un corps physique : c'est un tout fort complexe dont (1) Voir notre théorie vibratoire et lois organiqi.:es de la sensibilité (~c1 uc Pbi/oso/Jb:q1,e. aoùt 1893). (2) Perrier - « Des Colonies animales et de J'origine des organisme S>>. (;) Ribot - « Maladie~ de la personnalité». I

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