La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA SCIENCE SOCIALE CONTEl\\FORAif\E s'instruise à l'exemple des autres, s'inspire de leur pensée et regarde où les autres regardent. Devant la masse e~s faits qui s'accomplissent au sein de la société humaine, masse ondoyante et obscure, se lève lentement la lumière de la science, chaque école, chaque peuple croit ètre seul à voir le jour se faire. » De mème que notre connaissance du monde physique nous est fournie par le concours de nos divers sens, de mème que nous ne pouvons juger des choses qu'en tenant compte du jugement de nos semblables, ainsi la science sociale ne peut ètre le produit ni d'un seul cerveau, ni d'un seul parti. ni d'un seul peupk. mais doit être la résultante, la conséquence de toutes les données. de tous les hommes et de tous les peuples. Par conséquent, ce n'est point avec les principes ou les idées de ter ou tel penseur, avec les lois de tel ou tel peuple que nous devons juger et jauger les organisations et les réformes sociales, mai_; il nous faut chercher la conception des lois et du mécanisme de la vi~ et de l'o:-ganisation sociale dans les faits, dans les phénomènes sociaux. Est-ce à dire que nous devons rejeter toute idée de contrat sous prétexte du caractère idéaliste qu'elle implique? Non, pas plus que nous ne pouYons rejeter l'idée de conscience et de volonté de notre conception de la vie humaine. Seulement. au lieu de ne voir dans !"état social qu'un contrat, nous remarquons que le caractère contractuel n'est qu'un dérivé. qu'une expression créée et employée pour traduire les différences d'ordre psychique, l'intervention du facteur mental ou moral. dans la société humaine, lequel vient s'ajouter aux caractères biologiques, naturels, propres à tout organisme social, absolument comme nous admettons tous, que l'élément psychique s'ajoute, dans la nature humaine à l'élément physiologique propre à toute l'animalité. De cette façon nous comprenons et conservons ce qu'il y a de vrai et de bon dans les deux conceptions sociales qui continuent, en vain, à diviser 1es sociologues en deux écoles adverses. Bien plus, nous nous retrouvons, gràce à cette conception synthétnique, intégrale, expérimentale, la corrélation adéquate de l'antériorité des lois économiques sur les lois morales, préconisée soutenue et défendue par toute l'école socialiste. Avant de vivre moralement, intellectuellement, esthétiquement, il faut d'abord commencer par vivre, c'est là une vérité indiscutable, c'est ce qui a été traduit par le droit à la vie, proclamé comme le premier de tous les droits. Il paraît bien démontré aujourd'hui que le développement intellectuel et moral de l'humanité n'a été possible et ne s'est effectué qu'après l'acquisition des moyens de subsistance les plus indispensables. Tous les documents historiques et statistiques établissent d'une facon de plus en plus indiscutable la corrélation constante entre la prospérité économique et le développement intégral, intellectuel et moral de l'humanité. Les exemples contraires qu'on essaye de tirer de la décadence et de la démoralisation actuelles ne prouvent rien contre '

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