La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

5 0 LA REVCE SOCIALISTE tion sociale et de l'hurn:1:1ilé to~1te enti~re, que no~1s pourro:1s amener peu à peu les esprits à quitter l.:::sillusion_; du doctrinarisme pour se soumettre aux leçons d.:::\'expàienc~ et se convaincre que<< \'accroissement de la vie individu'.:!lle implique, un accroissement de la vie sociale, que \'individu ne perd p:::>intpour soi ce qu'il donne à la société. que la société ne s'enlive point ce qu'elle accorde à l'individu, pas plus qu·un corps n'a à craindre de laisser ses membres se développer et ne doit les emprisonner pour accroitre sa force. Si grande est la solidarité entre l'individu et la société, que, dans la pratique, l'un ne peut vraiment exister sans l'autre. Au point d·2 vue théorique la science même de l'individu et la science de la société sont de plus en plus inséparables - toute question philosophique, morale, finir.t par apparaitre comme une question sociale. - Les lois morales sont-elles autre chose que les conditions générales de la société et les conditions de la société sont-elles autre chose que les lois plus générales encore de la ,·ie, soit physique. soit intellectuelle? H ous a,·ons essayé de montrer que les conditions de la vie ne sont elles-m~mes que les résultantes des lois physico-chimiques et que celles-ci ne sont. en dernière analyse. que \'expression de la loi uni,·erselle d'équilibration et de solidarisation ( 1). En sorte que la science sociale. couronnement de toutes les sciences humaines, pourra nous livrer un jour, avec ses plus hautes formules, le secret mème de la ,·ie univ~rsdle "· Sê!ulement, nous retrou,·ons à propos dé! la vie sociale la mème divergence de conception fondamentale qu'à propos de la Yie en géneral. O.é!puis Rousseau, \'idée dè contrat est prédominante chez les Français. et « est le principe som·ent caché de tous leurs raisonnements en politique ,,. C'est certainemeni à cette conception idéaliste de Rousseau que nous pouvons rattacher \'orientation de l'esprit français vers les préoccupations sociales et humanitaires qui. depuis un siècle, n'ont cessé dè constituer une des caractéristiques les plus curieuses de notre époque. Du moment où les lois et conditions sociales ne sont que \'expre:;sion d ~ co:1trats, n'en r~sulte-t-il pas tout naturellement le droit. le devoir mè:11-2,d'examiner c.:::scontrats et de les réviser au besoin si on les reconnait mal faits. injustes ou nuisibles? N'est-ce pas là le princip-2 r~volutionnair-2 1nr excellence, n'est-ce pas là la manifesta•ion du librè-arbitre, n'est-ce pas là la Yéritable source. de \'émancicipation sociale? Aussi n'est-ce p:1s en France que notre siècle a vu s'ép:mouir le plus toutes les aspirations. toutes les rè,·eries et toutes les revendications d'où sont sortis la Révolution française d'abord. la démocratie ensuite et enfin le socialisme contemporain? ,, li est temps que chaque école. et aussi chaque nation, au lieu de se confiner dans sa tradition exclusive et son point de vue personnel. (1) L,1 Vic cf la Pwsée, Alcan.

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