La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE trop souvent, à favoriser le succès de doctrines empiriques généralement utopiques ou dangereuses. C'est une loi générale de l'esprit huma'in que chacun se trouve naturellement enclin à croire plus facilement cc qui concorde avec sa propre manière de Yoir que ce qui sort de ses opinions, ou dépasse ses horizons. C'est ainsi qu·un malade écoute bien plus Yolontieïs le boniment d'un vulgaire empirique que les conseils éclairés d'un nai savant. Voilà pourquoi le peuple prête bien plus docilement l'oreille aux déclamations d"un tribun, qu'aux avis motivés d'un homme assagi et mùri par l'expérience et la réflexion. Cela tient encore, du reste, au désir tout naturel d'une réalisation immédiate toujours promise ou montrée dans une mesure <l'expédient, dans une reforme superficielle, plus facilement que dans une transformation profonde du mécanisme de J"é\·olution sociale, destinée à agir par des causes cachées, ignorées. difficiles à comprendre. Au lieu de nous récrier en plaintes inutiles contre un pareil état. nous n·avons qu·à le constater pour en tirer l'enseignement quïl comporte en lui-111:.!me.L'histoire de l'esprit humain ne nous montre-t-clle p:b que. mal:~ré cette préfc!rence des masses pour le simplisme, le superficie! et l\~mpirismc, la science a tout de même fini par pro14resser et s·annonce rneme comme d~\·ant doréna\·ant arriYer à sïnliltrer de plu;: en plus dans la mentalité des masses sous la forme de l'éYeil incess:mt des idées et des préoccupations pratiques, des désirs de réalisation. en place des r.:Yerie,; et des utopies d'antan. Pour nous. nous avons la com·iction que c·cst là. par C\:cellencc. b caractéristique de notre époque d"agitation et de transit?on soc1.tles, d la ::-ourct.:de force irrésistible du grand courant sociali k contemporain p:1r suite de l'abandon des préoccupations surnaturelh.:s par les ma:, ..es. pour s'adonner exclu::-i\·u11ent auxaspirations terre~tres et aux rL\ endication, de chacun sa part dans les avantag-:s qui sont l'œune de tou.;. Paï cons1:quent ne nous laissons point égarer par des succcs 0phémcrcs et trompeurs, continuons à nou:, ~claiïer aux lecons de 1".:xpéril..nce. apprenons à nous pénétrer du sens des choses sociaks, tra\ aillons à nilgariser la science sociale, sachons conscr\'er la com iction fortifiante que la vérité scientifique saura aussi bien triompher dans le L'.ornaine social qu'dle a su, dans le p.tssé, r~1wcrser tous Je:, ot~st.1cles qui lui barraient le passage dans toutes les branches scientifiques, de\'enues. depuis les phares lumineux qui guideront l'humanité, à tra\·ers b tempèk sociale, au port du salut. E:st-ce donc à dire que la science sociale ne puisse être abordée que què par des spécialistes i' Non assurément. Il en sera de la sociologie et du socialisme comme il en a été de la physiologie et de lâ médecine : il a fallu des savants pour daborer d'abord la science de la vie et en rendre la vulgarisation possible, mais

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