La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA s::IENCE so:IALE CC>NTE.'IIP.'.HAINê 577 n~61ig~s, des exi)loité.;, des tyrannisés, des victimes de toutes sortes de nos misères et d<;;nos injustices sociales. Sans doute il y aura toujoars des heureux et des malheureux, car le bonheur ne peut être absolument égal, étant personnel, mais le développement désormais certain du sentiment et de la compréhension de plus en plus nette de la néces- .s:té et des àvantages individuels et collectifs de la solidarité, de la coopération fraternelle, de l'unification des luttes et des efforts vers le but commun, devenu l'idéal, du développement intégral de l'individu dans ~a vie sociale la plus largement et la plus justement comprise. Ce ne sera plus la pitié, ni la charité, que les heureux offriront comme consolation à leurs frères déshérités, ce ne sera plus l'aumône que réclameront les affamés, ce sera la justice qui donnera à chacun le sentiment de ses devoirs et de ses droits, ce sera l'organisation basée sur les fonctions, les aptitudes et les besoins. au lieu de reposer sur des "principes» abstraits, sur des lois artificielles et sur de's abus d'une force .aussi aveugle que mal adaptée. Toute la science sociale, en effet, est dominée par l'idée, la conception et la connaissance que nous avons du règne social. Il en est de mème pour tout ce qui concerne le socialisme. C'est ce que fait très bien ressortir Fouillée en nous montrant la source des conclusions indiYidualistes de Spencer dans sa conception erronée de l'organisme social par suite de l'opposition que le grand penseur anglais avait cru remarquer entre l'organisme animal où les unités existent pour le tout, et l"organisme social où le tout existerait pour les unités. Le bruit qui a été fait"_autour de cette erreur de Spencer, les conséquences qu'on a voulu en tirer coi1tre la doctrine socialiste, nous semblent une preuve de l'importance primordiale de commencer par nous orienter dans lïmmense labyrinthe du monde social si nous voulons avoir quelque .chance de voir le chemin que noLJsavons à parcourir et le but que nous désirons atteindre. Tout le monde reconnait volontiers la nécessité de. faire un apprentissage avant d'exercer un métier, personne ne peut avoir sérieusement la pré.ention de connaitre une profession avant de l'avoir apprise, mais nous voyons tous les jours quantité de réformateurs de la société qui ne semblent mème pas se douter qu'il y a une science sociale, que cette science est la plus complexe de toutes les .sciences, ne peut s'acquérir et surtout ne peut être comprise que par des esprits déjà préparés par J'étude et la méditation des sciences qui la précèdent et qu'elle suppose (1). Il est vrai que la complexité énorme du déterminisme social a pour conséquence de prêter facilement à des interprétations simplistes qui, reposant sur des apparences grossières ou sur des conceptions particularistes, suffisent aux esprits superficiels ou ignorants, et cdntribuent. (1) Voir à cc sajet : lntroduct,on à la So:iologie, par G. èc Greef, Alcan. 37

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