La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

54 LA REVUE SOCIALISTE rerait son égoïsme contre toute réciprocité et toute responsabilité. J'irai même plus loin sur ce point que le Code civil - et même que la nouvelle loi du I o mars 1891 qui m'a en grande partie déjà donné satisfaction en ce qui concerne la part à réserver au conjoint (femme ou mari) - j'accorderai la même part d'enfant, au conjoint et à l'enfant naturel. En ce qui touche l'enfant naturel, personne n'ignore et ne nie que dans notre Code civil, il ne soit encore sous le coup d'un ostracisme aussi injuste que ridicule. . Pour se disculper de cette injustice quasi-barbare - du reste, effrontément avouée - les législateurs ont invoqué les intérêts de la morale et des bonnes mœurs. C'est à leur cœur défendant san~ doute qu'ils repoussent l'enfant naturel, et €11 font une sorte de paria qui n'hérite de ses parents naturels que dans certaines conditions - pas toujours - mais toujours pour une part bien inférieure à celle qui lui devrait revenir s'il était légitime - c'est-à-dire de justes et régulières noces. Il y a là, disent-ils, un moyen puissant d'inciter au mariage, et de réprimer le libertinage. L'homme, la femme qui pourraient être tentés de donner l'existence à un enfant en dehors des seules licences légitimes du mariage seront évidemment retenus par la crainte de cette déchéance ... Ah ! le bon billet qu'a la Châtre ! Si encore cette déchéance devait frapper les coupables, c'est-à-dire le père et la mère naturels, cela pourrait peut-être se comprendre ... c'est le contraire qui arrive ... et, sans relever ce qu'il y a de présomptueux, à supposer, dans toutes les fantaisies capables de procréer un enfant, cette préoccupation dominante du sort futur du fruit incertain de caprices souvent passagers... il ne faut pas être grand clerc pour reconnaître que cette prétendue protection des bonnes mœurs n'a jamais protégé grand chose, ni personne. La statistique est là pour nous montrer, hélas, le cas que le père et la mère naturels font d'une pareille déchéance. En fait, elle ne frappe que le pauvre bébé qui n'a pas même demandé à naître ... et qui est certainement complètement innocent de l'acte commis par les imprudents parents. Qui sait même si cette déchéance de l'enfant naturel n'est pas dans l'égoïsme de trop de parents, pour beaucoup dans le nombre sans cesse croissant des naissances naturelles ? D'autant plus que si la loi permet ainsi aux parents naturels de frustrer de leur fortune leurs enfants naturels, elle y ajoute encore - ce qui ne constitue pas peu à rendre cette paternité commode - l'interdiction faite à cette triste victime de jamais pouvoir chercher et retrouver son père ; les bonnes mœurs voulant apparemment que cette

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