La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

1.'AME DE DEMAIN 5ï3 rons, plus librement qu'aujourd'hni, aborder l'entretien décisif dont notre repos dépend, et, qui sait! notre bonheur. - Merci, dit-elle, en pressant le bras'.sur lequel elle s'appuie. Je me confie à votre loyauté. Ne retardons pas davantage cette dernière explication. Vous le savez, je ne suis pas une coquette, et de plus je ne souffre pas seulement de vous voir souffrir. Et puis, en ce moment, j'ai besoin de penser tout haut, de vous dire des choses que je ne vous ai jamais dites. Oui, j'ai aussi ma confession à faire, moi. - Vous, une confession, à moi? - Ne m'interrogez pas, et surtout ne vous méprenez pas, mon ami. Voulez-vous, dites, voulez-vous me laisser parler seule, à ma guise; à mon caprice, dirais-je, si je n'étais en réalité contrainte d'exprimer les pensées qui m'obsèdent. Ne répondez qu'à celles que j'exprimerai, sans déviation sur d'autres, qui viendront d'elles-mêmes sur mes lèvres. Si décousues en apparence qu'elles paraissent, laissez venir à vous mes pensées dans leur ordre obscur; laissez-moi venir de moimême à la question qui est entre nous. Si cet obstacle doit disparaître, laissez-le moi briser toute seule avec le peu de liberté que je me sens encore, afin que je n'aie aucun reproche à vous faire un jour. -- Je vous écoute, dit Ferrals. Ils font une cinquantai11e de pas en silence. Enfin elle se décide. - Que pensez-vous de ce Lirotte? fait-elle brusquement. - Ce que vous en pensez vous-même, Je les considère comme un tas dïmmondices de toute sorte au cœur duquel végéterait une délicate et mourante fleur de sentiment. - Je hais la manière odieuse dont il parle de tout. Comme un animal malpropre, il salit toutes les idées sur lesquelles il se pose. _le croyais que le respect des idées survivait chez les pires, et je n'eusse pas songé pour cela à les taxer pour cela d'hypocrisie. -C'est en lui un besoin de logique. Q!.Ievoulez-vous, les simplistes sont forcés de se contenter de peu. Au rebours du délicieux égotiste que vous avez autant que moi été chagrinée de voir trainer dans l'ordure, Lirotte ne combat pas'les lois, morales et autres, parce qu'elles gênent - l'expansion de l'individu actuel, mais parce qu'il trouve dans ces conventions l'obstacle à ses brutalités. Par sa révolte élégante et pure. l'Ennemi des lois projette les bons et les intelligents· en avant de leur époque; Lirotte, lui, nous ramènerait aux hommes-pourceaux de jadis, paissant les glandées. Je ne goute pas outre mesure la méthode de culture personnelle de Philippe et d'André Maltère; mais qu'importent les méthodes, si Je but est atteint. Ne vous êtes-vous pas mieux connue, ne vous êtes-vous pas sentie plus libre de les avoir connus? - Je serais volontiers Claire et Marina, songe-t-elle tout haut. Puis se reprenant aussitôt.

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