L'AME DE DEMAIN 5jl ,, observés, je vous le répète, et seule ma pens~e est coupable. Imaginez '> tous les crimes, toutes les turpitudes, toutes les infamies, toutes les » làchetés, toutes les trahisons; eh bien, je les ai commis en pensée. >' En cette nuit passée dans vos bras, j'ai joui indignement Ide vos lar- " mes innocentes et ma pensée s'est livrée à plus dïmmonde lascivetés » que dix débauchés n'en eussent pu exécuter en vingt nuits. Oui, •> rappelez-vous les affreuses complaisances qu'exigent de vous autres, >' prostituées, des pourceaux affolés, ajoutez-y celles que vous ont racon- >> tées vos compagnes, et vous ne serez pas encore au bout des horreurs >' que je rèvais, tout en vous parlant machinalement de Dieu, de vous, de " tout ce qui vous fit pleurer.C'est à croire que j'avais deux àmes: une, sur " mes lèvres, toute dé! candeur, et l'autre. dans mes infàmes intestins, "toute d'ordure. Pour tout dire, songez, ma sœur très chère, que j'ai " compris et partagé en esprit le formidable scrupule de saint Alphonse "de Liguori, refusant de lever les yeux sur sa mère, parce qu'elle était " femme. Ah! ma pensée fut une grande pécheresse, pire que les plus " ordurières prostituées. Mon corps est sans péché, mais mon âme est " couverte de souillures. Mon corps, je l'aurai laissé ici dans une heure, ,, abandonné à la pourriture; tandis que mon âme, comment osera-t- " elle se présenter dennt le Juge? Chargée d'iniquités comme elle l'est, ,, pourra-t-elle s·élever jusqu'à la demeure céleste promise aux justes? " Et n'eùt-il pas mieux valu que mon corps eût seul péché?» ,< Cette affreuse confession dura une heure. Par scrupule, il entrait dans des détails qui me bouleversaient !"âme d'horreur et me soulevaient le cœur de dégoùt. Combien je fus soulagée quand il eut achevé. Il voulut, il exigea que mes mains impures le bénissent. En tremblant de terreur religieuse, je lui donnais l'absolution sollicitée. Alors son àme épurée monta à ses yeux et le transfigura. li passa ainsi. Je tombai à genoux et vénérai ce saint, sans une larme ! " Huit jours durant, j'ai songé à changer (Ïexistence. Mais, je vous l'ai dit, je suis une esclave de mes sens, qui me tueront bientôt. Voyez, je n'ai plus que le souffle ... N'importe! j'aime l'homme ... J'ai eu des amants qui voulaient me garder. Plusieurs, même. m'entretinrent très bien, tout à fait bien ... Mais il m'était impossible d'être fidèle ... Si j'avais eu autre chose entre les doigts que mon inutile brevet, j'aurais travaillé, j'aurais pu vivre indépendante, en me donnant de l'amour à mon caprice, puisqu'il ne m'est pas possible de m'attacher à un seul homme». Ferrals lance à !'Ennemie un bref regard qu'elle saisit. Elle frisso:rne et baisse les yeux. La fille reprend : - Vous voyez que je ne pouvais prendre un autre voie. Et pourtant, Lirotte vous l'a dit, cela me répugue profondement. - li fallait te marier, fait Lirotte. - 0:1 ! l'ignoble! s'écrie Chiffon.
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