LA REVUE SOCIALISTE qui m'avait tenue, si chastement, toute une nuit dans ses bras. A l'adresse indiquée au bas du billet, je trouve, dans une abominable et puante mans1rde, le pauvre garçon agonisant. « Je savais que vous ,< viendriez," souffle-t-il.Je me récrie sur la misère du logis; pas de feu, pas de tisane, pas de linge. Je veux m'affairer. Il m'arrête. « Je n'ai plus " besoin de cela, me dit-il, C'est pour autre chose que je vous ai deman- " dée. " Et de sa belle et douce voix qui faisait un si curieux contraste avec sa rude face tourmentée, il me dit : " L'Eglise, que j"ai défendue ,, comme un fidèle chien de garde, m'a affamé. Elle ne pouvait me par- " donner de b vouloir ramener à ia pureté primitive. Son aveuglement ,, est une épreu\·e qu'elle supporte, mais elle est indestructible. Les " marchands sont encore pour quelques jours installés, non plus sur le " parvis, mais à l'autel. On prétend que je ne suis pas orthodoxe, moi " qui connais les Pères comme toute une faculté de théologie ... Pardon. " Seigneur. pour ce mouvement de Yanité, à l'instant où je vais com- " paraitre devant \'OUS !... De temps en temps, on daignait me dému- " seler et comme alors je mordais les gallicr.ns, les athées et les juifs! ,, Mais toujours des in0uences intervenaient; je frappais trop large- >' ment et mes coups à la volée atteignaient les tièdes qui se compro- " mettent en mau\·aisecompagnie; et l'on me remettait le baillon ... A pré- " sent, c'est la fin ... Ils n'ont plus rien à craindre de moi.Je leur aijuré "que j'allais mourir.Eh bien. ils m'ont refusé, à moi, le plus dévoué ,, des fils de la sainte Eglise romaine, ils m'ont refusé" la dernière con- ,, solation. Ils m'ont refusé un prêtre. Ces mauvais chrétiens oublient "dans leur haine qu'un acte de contriction suffit à sauver de la damna- ,, tion. Mais je yeux que mes péchés soient avoués et c'est à vous, ma >' sœur, que j'ai songé. Bayard mourant se confessa à son écuyer. Nous " scmmes deux Yaincus de l'atroce civilisation marchande; c'est à >' vous, servante d'amour, que je veux faire ma confession de chevalier " sans peur. mais non sans reproche, de la sainte religion où nous sorn- >' mes nés tous deux. » « Comme je sanglotais accroupie près de lui, il me caressa doucement la tète et me dit : - « Ne pleure pas ; si tu savais comme il est agréable de mourir. Je >' t'en prie, laisse-moi parler, me débarrasser au plus t6t de la seule amer- ,, turne qui me gâte la douceur de la mort. >' ,< li fit un grand signe de croix et commença : - « Ma sœur, sauf le péché d'orgueil, que notre Père, je crois, ,, excuse comme un effort pour se rapprocher de sa grandeur, je suis >' sans tache par paroles, actions ou omissions. Seule la pensée a péché ,, en moi, mais elle a péché abominablement, au point que je sens que >' la grâce m'a été refusée puisque je ne pouvais arrêter les dérègle- >' ments immondes auxquels je me suis abandonné mentalement. Tous >' les commandements de Dieu et de l'Eglise, je les ai scrupuleusemen
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