La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE nair2, on soit tenté d'attribuer à ces hommes des faculté d'une nature et d'une origine complètement différentes. - Mais c'est là une faute de méthode : On doit toujours procéder du simple au composé, éviter de 11111ltiplierles causes hypothétiques et chercher à ramener les phénomènes aux lois déjà connues. Si, laissant les animaux de côté, puisque dans l'hypothèse spiritualiste, les animaux sont dépourvus d'intelligence et n'agissent que sous l'impulsion de l'instinct, on se contente d'examiner l'homme lui-même, on constate que ce mi de l,1 créatio11, cet être doué d'une âme immortelle, étincelle de la Di\'inité. fait assez triste figure sous les traits d'un Tasmanien ou d'un Fuégien. Le rayon émané de Dieu ne paraît guère plus resplendissant que b grossière intelligence d'un gorille ou d'un chimpanzé, à rnoins que l'on crée des distinctions, que l'on admette une âme supérieure à l'us3ge des hommes civilisés et une âme inférieure pour les sau\'ages : mais aJors il faudrait encore justifier cette diffàence, et expliquer le passage de l'une à l'autre : Comment pourrait-on le faire, si ce n'est en acc-2ptant l'explication plausible d'un développement progressif qui, au moyen de l'exercice, féconde et accroit l'organe et par suite la fonction. Il existe des preuves innombrables de l'intelligence rudimentaire d~ l'homme primitif. Comment, si cc n'est par un développement longuement continué, peut-on expliquer l'état actuel ?- Dans J'hypoth~s,e spiritualiste, on n'explique point toute la partie latente, inconsciente du tra\'ail de l'idéation : tout le monde sait combien cette sorte d'incubation est quelquefois féconde, combien le tra,·ail spont:rné et inaperçu des centres nen·eux fait tout-à-coup éclater chez quelqu~suns d'entre nous des aperçus noll\·eaux, des idées luminemes, qudquefois de Yéritables découvertes, Que faisait I:àme consciente pendant ce temps-là ? Elle ne peut vivre qu'en plongeant dans l'inconscient et l'automatique, c'est-à-dire dans ce qui est du domaine propre du cer\'eau. Malgré sa prétendue nature immatérielle. elle a besoin des matériaux élaborés par ies cent;-es nerveux. Il est bien étrange que chaque phénomène psychologique soit issu de la collaboration nécessaire de deux activités aussi radicalement différentes par leur nature, Le langage articulé ne peut pas ètre considéré davantage comme une marque de l'esse,dialité de la pensée humaine. Car le langage s'est développé du même pas que l'intelligence : Il est sorti du cri. d~ l'onomatopée, s'est enrichi à mesure que s'enrichissait la pensée. C'est ce qui prouve la pauvreté des langues des peuples inférieurs et la richesse des langues que parlent les peuples aYancés en ciYilisation. Les lois générales que nous avons signalées dans le courant de cette étude s'appliquent également aux faits intellectuels. D~puis longtemps les psychologues anglais ont décrit avec détails sous le nom d'association des idées, la propriété qu'ont les idées de se grouper. de s'unir, de s'appeler les unes les autres. 1\1. Paulhan a étudi~ dans son

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