La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

560 LA REVUE SOCIALISTE dire un acte réflex:! devenu conscient. En réalité, nous ne sommes pas li!s maitres de nous-mèmes et de nos volitions : Nous sentons seulement que nous allons faire, que nous désirons faire. que nous sommes entrainés à faire tel ou tel acte. La conscience nous donne cette claire notion au sujet d: nous-mêmes et en même temps nous sentons et nous proclamons que nous sommes libres, parce que l'acte qui \'a ètre accompli est biw nôtre, qu'il est le résultat de toute notre activité intérieure, qu'il sort de l'intimité même de notre nature. C'est notre ètre qui va se déployer sans contrainte, par une pente naturelle. Quand nous \'Oulons subtiliser sur la matière, nous pouvons conce\'oir !a possibilité théorique d'agir autrement. parce que nous connaissons peu ou ne connaissons pas du to~1t certains états psychologiques mal définis qui nous déterminent à telle action; mais nous sentons aussi. en nous scrutant bien à fond, qu'en r..:alité nous 11'ngiro11s p.1s ,wfrc111c11f. Le phénomène de l'arrêt, a\·ant l'exécution, s'explique par la nécessité d'une sorte de d<!libération interne, qui n'est autre chose que la re\'Uè faite de nos di\'ers états et tendances : Si la Yolit'ion, qui est sur le point de devenir acte, se trouve d'accord avec toute notre tension vibratoire intérieure momentanée, l'acte est accepté: Dès lors rien n'en arrète plus l'extériorisation. Si, au contraire. il y a désaccord, la lutte peut ~tre longue jusqu'à ce que, entre ceséléments d'abord discordants. un <'OIISL'11s11s et une harmonie se soient établis; ce qui se produit. ce n ·est autre chose que la marche de l'impulsion réflexe dans les centres nerYeux, marche interrompue, arrêtée, ou simplement contrariée par la mas~c des états, des foïces ou des tendances résultant de l'ernmagasinement des sensations antérieures: quand l'acte jaillit enÎln, c'est parce que le réflexe (conscient) a pu enÎln se frayer un ch~rnin \·ers l'intérieur à traveïs la végétation toufTuc di! toutes les excitations et répercussions intra-organiques. D'où la lenteur de l'acte \'Olontaire relati\·ement à la promptitude du réflexe automatique. La volant~ n'est réellement libre (au sens relatif et expérimental du mot) que si, en dehors de toute influence ou violence intrins~que, en dehors de toute impulsion passionnée ou irrésistible. qui n'est alors qu'un empiètement de la vie réflexe automatique sur la Yic co:1scil'.nte volontaire, elle a pu pour ainsi dire faire l'appel de tous les étab de conscience accumulés et les comparer à l'acte prémédité pc,ur \'Oiï si cet acte s'accord~ avèc les divers états et s'il est, par suite. conforme ou non conforme à la 1uture de l'être qui délibère : t.fou il ré~ultc que la volonté est d'autant plus libre que l'individu est plus culti\'é. La culture intellectuelle et 111'.)ralea en effet rass~mblé en lui une multitt1de de perceptions et de notions qui sont autant de motifs d'agir ou de ne pas agir; d'où il résulte aussi que l'individu le moins libre est l'dre primitif qui n'est quïmpuls10.1, que routine, que passion aveugle, et chez qui la p2riode de délib~ration est courte ou nulle.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==