La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA VIE ET LA PENSÉE 559 raies, qui sous le nom : .d'idées inÎ1écs, ont fait quelque bruit dans l'ancienne philosophie scolastique ou métaphysique. La loi générale : la 1,1è111ceause, étant données les mêmes conditions, engendre toujours le mème effet, nous explique la répétition constante des mêmes impressions et des mèmes constatations par les hommes de tous les temps et d.: tous les lieux en face des mêmes excitations. des mêmes circonstances. D'autre part, la loi d'adaptation et d'organisation nous montre la 11xation organique de ces rapports constants qui constituent ces fameuses idées premières, ces principes généraux, communs, ces idées d·absoll\, qui nous viennent, en rhlité, de l'expérience, par le seul effet de la constance et de l'uniformité de la répétition, à travers les àges, des mêmes vibrations sensibles. Vouloir ramen-:r l'orgueilleuse volonté, cet attribut suprême de l'homme pensant. à n'ètre également qu'un résultat de l'expérience et de la sensation, qu'un mode de l'activité du système nerveux dans ce q:.1·e11ea, 11 est vrai, de plus élevé, en faire quelque chose de ontingent, de conditionné, lui dérober le droit de planer souveraine et indépendante au-dessus des faits disciplinés dans l'esclavage d'un détermini~me rigoureux, n'est-ce pas là une entreprise plus hardie que les précédentes et plus choquante pour les métaphysiciens qui, à l'exemple de Maine de Biran, ont spéculé sur l'idée pure de volonté, c'est-i-dire sur 1::: seule nppnre11ce du phénomène? Pour la philosophie expérimentale, b volonté a son point de départ dans l'acte réflexe. C'est l'acte réflexe. cc mode de ré:lction habituelle de l'organisme, qui, en se compliquant, est d~venu la volonté. L'acte réflexe simple se produit d'une façon automatique et inconsciente; c'est la réponse immédiate à une excitation èXtérieure. Mais si l'excitation externe rencontre en arrivant dans le systèm_ nen·euse cent.rai, une série de tendances, d'impulsions, résultat de sensations antérieures, l'acte réflexe, contrarié par les unes, fayorisé ou dé,·ié de sa direction· primitive par les autres, ne se déchainera plus avec la mème promptitude mécanique. Il deviendra la résultante d'une foule de composantes qui sont : d'abord l'excitation sentie, ensuite les états de conscience antérieurs et leurs répercussions internlès, en dernier lieu l'adaptation particulière de l'organisme. Tous ces di,·ers facteurs ne sont concevables que comme impliquant une modification ne;:veuse concomittante. Ainsi la Yolonté emploie des matériaux dont la nature matérielle a été démontrée. Il serait bien étrange qu'elle fùt e!Je.-même d'une autre nature. Puis il se joint à la volonté un autre . dément, c'est la conscience de l'acte que l'on va accomplir. Voilà ce quïl y a de plus intellectuel dans l'acte et ce qui donne souvent l'illusion de la spontanéité et de la non-détermination. D'après M. Ribot (les maladies de la volonté), on doit toujours admettre au moins deux choses: 1° un état de conscience qui sent, juge une situation, 20 un acte qui exécute ou suspend, ce qui revient à

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