La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE toujours par quelque chose d'antérieur, la mémoire n'en est pas moins le substratum indispensable de la vie morale et mentale; car il est impossible de raisonner, de juger, de vouloir, de penser sans combiner, de diverses façons entre eux, les souvenirs de nos perceptions passées. La question de sa\·oir si le mémoire a une origine et un caractère essentiellement organiques ou si au contraire elle est différente de nature, parait aujourd'hui tranchée même aux yeux des métaphysiciens spiritualistes. Il sufÏlt pour se conv:1incre du caractère physiologique d~ cette fonction de lire le rem:1rquable ouvrage de M. Ribot sur : les Maladies de la Mé111oirc, auquel l'auteur nous renvoie. On y verra que la mémoire n'est pas une, mais multiple, qu'il y a autant de mémoires que de catégories de faits à retenir et que les conditions essentielles de cette opération nerveuse complexe sont : 1 ° une modification particulière imprimte aux éléments nerveux: 2° une association, une connexion particulière entre un certain nombre de· ces éléments. - On pourra aussi se pénétrer du caractère complexe et de la nature éminemment matérielle de cet acte cèrébral en lisant le très intéressant ouvrage de M. Gilbert Ballet sur : Le la11gagc·i11tériCe1t1rl'Apbasic (Alèan). Le jugement semble au premier abord une fonction moins matérielle: ici l'essentialité métaphysique s'est donnée libre carrière. Et cependant n·est-ce pas là tout simplement la faculté « par laquelle " lî10mme perçoit, compare, apprécie les rapports des choses et des " idées? "Or le jugement est personnel, il varie suivant les conditions de milieu et sui\·,rnt l'organisation de chacun. Chacun de nous juge comme il sent. c·est-à-dire conformément à la manière dont son organisme est apte à sentir. Le jugement de bien des gens est souvent connu tfavance, à cause de la régularité de la Yie psychique, qui comprend toujours une !:>Omme considérable dïnconscience et d'automatisme. Mais on remarque que beaucoup de jugements se présentent avec un caractère d'innéité, de généralik ti'uni\·ersalité, d'absolu, qui s'éloigne de la relativité, de la variabilité, de tout ce qui est expérimental et sensible; et on veut en conclure que ces idées absolues ne sauraien~enir que d'un principe ou d'une substance absolue. C'est là une erreur d'interprétation. Car il y a tll1 certain nombre de circonstances de milieu qui se retrouvent toujours les mèrnes pour tous les hommes: il y a aussi dans leur organisation interne un ccrt::lin nombre de caractères communs à tous. Ces conditions de milieu agissent sur chacun de nous continuellement depuis l'enfance jusqu'au dernier jour, s~ présentant à nos yeux sans qu'aucune infraction ait jamais été constatée, prennent dans notre esprit, en \·ertu d'une répétition constante, quelquechose de fatal et de nécessaire. L'exp~rience continuée toujours et partout par tous les hommes et sentie par tous de la même façon, à cause de l'identité de certains traits fondamentaux de leur nature, git au fond de ces données géné-

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