LA VIE ET LA PENSÉE 557 souvent les plus n~erveilleuses de l'instinct, mais ils resteront dépourvus de toute faculté réellement intellectuelle. D'autre part, si l'observation démontre que certaines espèces sont douées d'une intelligence réelle quoique bien inférieure à celle de l'homme, si le êtres qui les composent sont capables eux aussi d'adapter consciemment des moyens à une fin, nous serons forcés d'admettre que l'intelligence comme la conscience a les plus humbles origines. Elle plonge ses racines dans la vie inférieure, apparait d'abord faible et vacillante dans les e;:ièces douées d'un systè~,e nerveux convenablement développé. se perfectionne peu à pw à mesure qu'on étudie les êtres plus avancés en évolution et éclate chez l'homme des races les plus éle\'ées dan~ toute sa splendeur. Les animaux sont doués d'une réelle intelligence. Les, preuves empruntées à Romanes et aux naturalistes ne laissent aucun doute. D'autre part, si on interroge !'.ethnographie, on constate que les hommes inférieurs ne s'élèvent guère au-dessus des plus intelligents parmi les êtres étrangers à l'espèce humaine, et que, dans ce cas encore, la loi de continuité dans la nature se vérifie complètement. Entre !'intel~ ligence humaine et l'intelligence animale, il n'y a que des différences de degré, non de nature. L'homme n'a donc pas raison de se glorifier si naïvemnnt, de se croire le roi de la création, et d'admettre que le monde entier n'a été fait que pour la satisfaction de ses besoins et de ses caprices. L'homme n'est plus qu'un épiphénomène, que le terme extrèrne du développement de l'animalité. Poursuivant avec une vigueur de logique qui ne se dément jamais et une richesse très grande d'informations,. son voyage à travers les diverses provinces de la psychologie, l'auteur de la Vie et la Pensée arrive ensuite à l'étude de la mémoire, du jugement, de la volonté. La mémoire a de nombreuses_ analogies avec la sensibilité. Lorsque nous avons éprouvé une sensation quelconque t0tJt n'est pas fini, si cette sensation a été assez marquée, si elle a imprimé à l'appareil sentant une vibration suffisamment énergique, il restera dans les centres nerveux une trace de cette vibration, un résidu. Cette trace sera apte, sous l'influence d'une foule de circonstances variables, à se réveiller et à reproduire la sensation primitive affaiblie. Mais remarquons cette différence : la mémoire ne constitue qu'un fait consécutif, secondaire, car on ne peut se souvenir que d'un phénomène qui a déjà existé auparavant. Cette précieuse faculté enregistre les nienus événements de la vie sensitive et intellectuelle suivant leur succession, et comme ici aussi bien que partout ailleurs, il ne peut exister aucun fait de mémoire sans une différenciation de ce fait avec ce qui le précède et ce qui n'est pas lui (car sans différenciation ce fait n'émergerait point hors de l'inconscient), on se trouve amené à conclure que la mémoire consiste, dans la différenciation des faits psychiques dans le temps. Remarquons aussi que quoique fonction surajoutée, secondaire, conditio:~née,
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