52 LA REVUE SOCIALISTE débordent, a ceux dont la fortune est pour tout dire, indécente et néfaste? Ce sont ces considérations qui m'ont amené à penser que l'Etat, c'est-à-dire la collectivité des citoyens, trouverait non seulement des ressources importantes ( 1), mais aussi une organisation plus morale et plus humaine avee une plus équitable répartition des biens sociaux, dans une nouvelle réglementation du régime des successions. En somme, qu'est-ce qu'une succession? - Si nous héritons, s1 nous recevons par héritage un bien que nous n'avons pas seuls gagné par notre seul travail, il faut bien en convenir, c'est à nos concitoyens, au moins autant qu'à nos parents, que nous devons cet agréable privilège; personnellement nous n'y avons que des droits fort hypothétiques, fort spécieux. Ce privilège s'explique historiquement par plusieurs raisons. D'abord, le respect bizarre de la propriété du mort lui-même, si tant est qu'on puisse être encore propriétaire dès qu'on n'existe plus! C'est de cette propriété ancienne qu'est faite la matière successorale. Puis on a pensé qu'il fallait tenir un certain compte de ce sentiment si puissant au cœur des hommes, à leur sens si légitime, quoique complexe, qui les fait travailler, acquérir, conserver, en vue de leurs enfants. Il est vrai qu'ils ne leur laissent ces biens si péniblement amassés, au prix de ces privations multiples qui constituent l'épargne égoïste individuelle - souvent plus nuisible qu'utile - ils ne leur laissent en somme qu'après leur mort; c'est-à-dire seulement quand ils sont euxmêmes dans l'impossibilité définitive de les conserver plus longtemps pour so1. Cependant cela les touche, les émeut profondément, de caresser in-extremis cette espérance de laisser à leurs enfants - et cela par leurs efforts isolés - une situation de fortune plus aisée, privilégiée ... et ils passent à côté de cette conception meilleure que s'ils avaient travaillé loyalement à l'amélioration de la race tout entière, leurs enfants aussi auraient recueilli les fruits de cette amélioration et qu'ainsi le succès de leurs efforts - et de ceux de leurs concitoyens - était moins précaire et le progrès plus sûr. Il y a pourtant dans cette conception terre à terre, un encouragement, souvent un énergique stimulant au travail et aussi une récom- (1) En 1891 la valeur des successions déclarées pendant le cours de l'année, a atteint le chiffre de 5 milliards 812 millions! - c'est assez dire l'importance sans cesse croissante (en 1829, elle n'était que de 1,800000, fr.) qu'acquièrent les biens dévolus par succession.
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