La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

PROJET DE RÉFORME DU RÉGIME DES SUCCESSIONS 5 I douloureusement - les conséquences. Est-il parmi nous un homme quelconque - je parle d'un humain digne de ce nom - qui se puisse dire vraiment et complètement heureux, tant qu'à ses côtés il peut constater les souffrances, les misères de tant d'êtres semblables, de tant de frères en humanité? Hélas, à cette compassion naturelle instinctive - embryon du sentiment de la solidarité - succède trop facilement, avec le sentiment de la conservation, la crainte des convoitises, le mépris, et l'éloignement du riche pour le pauvre; tandis que le besoin inassouvi et désespéré de celui-ci l'amène de son côté aux revendications violentes et à la haine. Dans un tel état de la société, qui oserait affirmer son équilibre et son bienfait? - Au lieu de la paix et de l'union qui devraient régner entre toutes les classes de citoyens, ce que nous voyons c'est la proscription et la guerre. Ce quj contribue évidemment à entretenir un état de choses aussi funeste - aussi dangereux pour chacun de nous - c'est l'inégalité avec laquelle pèsent encore sur les citoyens les charges de l'impôt. En principe, rien de plus juste et de plus nécessaire que l'impôt; puisqu'il faut bien que l'état demande à chacun de ses co-participants les sacrifices suffisants à assurer la distribution des services sociaux - services qui sont de telle importance que sans eux aucun de nous ne pourrait rien posséder, ni rien faire en sécurité. Il ne nous prend donc rien qu'il ne nous le rende au centuple. Mais dès que l'impôt est appliqué de telle sorte qu'il va jusqu'à prendre dans la poche du plus pauvre une partie de ce qui lui est indispensable pour vivre! ... il est impossible de ne pas convenir qu'au moins pour celui-ci, l'impôt est souverainement injuste. Il n'est plus un bien mais un mal. N'en est-il pas ainsi lorsqu'on voit la majeure partie des ressources sociales fournie par des taxes de consommation qui coûtent proportionnellement beaucoup plus au pauvre qu'au riche ... à l'un, il prend du superflu - à l'autre du nécessaire ... il pèse bien plus lourdement sur celui qui n'a pas toujours mème du pain à manger. 11faudrait donc trouver le moyen de fournir aux besoins sociaux tout en diminuant ces taxes exorbitantes, qui, en perpétuant l'état de misère, tarissent du même coup, la source même de la fortune. Comment le faire? alor.s que les charges de l'Etat s'accroissent de jour en jour; alors que le soin de notre défense nous contraint chaque jour à des sacrifices militaires plus écrasants. Où trouver de l'argent? ce nerf de la guerre, cet arbitre de la paix. Nous faudra-t-il tourner et retourner encore pour essayer de les pressurer davantage les poches vides des meurt-de-faim? Ou ne devons-nous pas plutôt demander cette avance à ceux dont les caisses

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