La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA VIE ET LA PENSÉE 553des fonctions nerveuses. La sensibilité, en effet, ne peut être scientiquement conçue que comme une vibration : c'est ce que démontre le chapitre intéressant intitulé : Tbéor:evibratoire de la sensibilité. En passant en renie nos divers sens, il est facile de prouver que chacun d'eux consiste en un simple mouvement reçu du monde extérieur d transmis, sous des apparences différentes, aux centres nerveux. Comme, d'autre part, nous savons que toutes les forces physiques se réduisent à une seule : le mouvement, nous voyons se réaliser une parfaite concordance entre le monde extérieur et le monde intérieur. Vibration ou mouvement s'équivalent. Ces vibrations, transmises à l'être vivant, entraînent en lui des modifications, qui peuvent être transitoires, et constituent les faits de sensibilité, ou habituelles, ce sont les fonctions ou facultés, ou d6finitives, organiques, ce sont les adaptations au milieu qui forment !'Évolution organique. L'organisme s'adapte et se réadapte incessamment aux conditions mobiles de son milieu. La sensibilité ainsi entendue se confond avec la vie même. Il est impossible de concevoir la vie sans un mode quelconque de réaction de cette m<,1tière vivante. Et comme la sensibilité se réduit à un phénomène de vibration,· il en résulte que la vibration embrasse toute la vie, c'est-à-dire ,< les modes divers de vibrations moléculaires qui peuvent être obser- « vécs dans les organismes vivants, soit que ces vibrations proviennent ,< d'un choc extérieur (sensibilité objective), soit qu'elles résultent des <• actions et réactionsiuternes des orga11es (sensibilité organique viscérale), ,< soit qu'elles soient engendrées par les répercussions les unes sur les. ,< autres de vibrations .iéjà c111111agasinpéaersles ce11/resnerveux da11sles « faits de sensation, de pe1"ception,de 111é111odir'ie1,11aginatio1d1e, raison11e- ,( 111e11t, de pmsés·s (sensibililé objective, psychique).>' Nous voyons bien par là que cette sensibilité psychique est la racine même de la psychologie, le p:)int de contact et de passag~ entre le biologique et le mental. Nous ne saurions entrer ici dans la savante analyse par laquelle l'auteur établit les lois les plus générales de la sensibilité, qui sont les lois de différenciation, de coordination, d'accoutumance et d'organisation, mais. nous devons cependant faire remarquer qu'il est impossible de comprendre un seul fait de conscience, sans que cette perception implique· nécessairement sa différenciation d'avec tout ce qui n'est pas elle. Nous voilà ramenés à la loi primitive de différenciation, dont nous avons déjà senti toute l'importance dans l'esquisse des premiers linéaments de la nature purement physique. Mais ne nous laissons pas illusionner et remarquons que, conformément à la théorie générale de la connaissance, ce n'es~ jamais l'objet de notre perception qui est senti subjectivement :· l'objet lui-même nous reste inconnu et même inconnaissable, ce que nous percevons et sentons, c'est seulement la modification locale qu'il imprime au sujet sentant et « c'est cette sensation, c'est cette vibration, « intrinsèque (interne) qui constitue la première perception consciente.

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