La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOC!ALISTE Toutes nos sciences partent de ces perceptions et ont pour objet de rassembler , de classesr la masse énorme des faits ainsi recueillis et de trouver entre chaque catégorie d'entre eux le rapport le plus général, c'est-à-dire le caractére commun à tous. Les lois les plus générales de chaque science spéciale doivent, elles aussi, se fondre en une loi plus générale encore, sorte de formule universelle s'appliquant à tous les phénomènes perçus. Cette loi représentera la plus \'aste synthèse possible du monde. Spencer a cru la trouver dans l'évolution, Notre collaborateur, au contraire, a induit de son excursion à travers les sciences, un principe différent plus général encore que celui de Sp~ncer et embrassant ce dernier. Il formule lui-mème sa foi en ces termes: cc Toutes les forces « d~ la 1uture tcn::!ent à s'équilibrer en réagissant les unes sur les << autres, à se gro11per, à se solidariser, en donnant naiss1nce aux/).\:;,o- « 111é11eetsapp,1re11ccdsu 111011dc p!tys iq11(', aussi bien qu'aux hommes et « aux sociétés : c'est ce que nous apj)elor:s la loi d'éq11ifibratio11 et la loi ,< de solidc1ritéuniverselle 011 solidarislilc J>. Le monde dit matériel qu'il s'agit de comprendre et d'expliquer est limité pour nous par la limite mème de nos perceptions. Or, nous ne pouvons percevoir, connaitre et mème concevoir que ce qui p~ut ètre différencié. Un objet non différenciable par un caractère quelconque reste confondu, indistinct, échappe à nos sens et à nos investigations. Là ou cesse la différenciation non pas seulement actuelle mais possibfr. là aussi cesse notre connaissance non pas seulement actuelle mais possible. Existe-t-il quelque chose au-delà? Nous l'ignorons et nous l'i,~{norerons toujours. En tous cas le principe r-lémentaire des choses doit être cherché, non pas dans une particule de matière-substance quelconque aussi minime que possible (théorie des atomes). car parler de matière, c'est faire de la métaphysique, mais dans la perception ellemème. Au-delà de toute différenciation possible, rien ne peut ètre connu: mais le point d'intersection entre le connaissable, c'est-à-dire le perceptible et le no:1-con:1aissable est important à déterminer. C'est là en effet que commence la science : Plus loin, tout s'évanoui dans un néant complet par rapport à nous : En deça au contraire, il existe quelque chose, c'est-à-dire un minimum de perception, ou un minimum d'existence au point de vue réel et expérimental. C'est ce qui précède ce minimum de différenciation, c'est-à-dire de connaissance, c'est ce qui est encore dans le non différencié, que le docteur Pioger appelle : l'lnfinitésime. Faisons ici une remarque importante : Dans la théorie des atomes le point extrème est pris, par hypothèse mème, dans les choses elles-mêmes. dans la matière sur laquelle on croit pouvoir s'appuyer comme sur une notion solide. Ici au contraire, le point de limitation est pris, non dans les choses dont l'essence nous est inconnue, mais dans la perception que les choses nous donnent, seule donnée

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