La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA VIE ET LA PENSEE 549 réelle. seule et unique réalité pour nous. Là où cessent nos possibilités de perception. on peut encore par une hypothèse possible essayer de donner la« dernière silhouette» du réel, avant sa fusion avec le néant. Cette dernière silhouette, un peu hypothétique c'est : l'état infinitésimal, le phénomène infinitésimal, en un mot, l'infinitésime. Chaque infmitésime est doué aussi d'un mouvement infinitésimal. Car le mouvement est la difîérence la plus simple que l'on puisse concevoir. On ne peut concevoir des points mécaniques qu'en mouvement, l'un par rapport à l'autre. Quand deux infinitésimes, animés par hypothèse mème d'un mouvement égal et non différen::ié, se font opposition, ils entrent en équilibre. Deux infinitésimes ainsi unis forment un couple, c'est-àdire un système dynamique composé de deux éléments en rotation autour de leur centre dè gravité (centre d'équilibration). Le mouvement de translation infiniment varié dans l'espace. a été changé en un mouvement de gravitation autour l'un de l'autre. La formation de ce cou;ile est la première difîérenciation dans l'ind,fférencié, c'est-à- dire le point de départ de toute cognoscibilité et de toute science. C'est là la seule théorie scientifique de la création : La création n'étant plus que l'acte d·apparition pour nos sens et nos moyens d'investigation de b J;'.1atièrequi se différencie, ce qui laisse bien dehors la conception métaphisique, ontologique et inconcevable de la création des choses exnil•ilo. La première loi à laquelle nous sommes parvenus est la loi d'Equilibtation, condition nécessaire de toute différenciation physique. Mais cette équilibration implique la solidarité de deux éléments. De sorte que la 2' loi est la loi de solidarité. Concluons donc comme le docteur Pioger ,< que l' Eq11ilibratio11 est la cause primordiale, nécessaire, et la sol!'dariti la condition nécessaire de tout ce qui existe, de tout ce qui est co111uiss.1blec,o11cevnble,possible dans notre monde physique. comme dans le monde organique, moral et social.>> Ce sont ces deux lois que le 1" volume de notre collaborateur expose aYec de larges développemeuts. On y montre aussi l'application de ces deux lois aux phénomènes astronomiques, physiques et chimiques et la démonstration de leur valeur explicative dans ces divers ordres de réalités. L'ouvrage actuel: La vi, et la Pensée, constitue la suite des mêmes recherches : li s'agit de savoir si les mêmes lois générales pourront embrasser et expliquer les faits biologiques et psychologiques. Nul n'ignore la généralisation dernière à laquelle ont abouti les sciences du monde inorganique: c'est-à-dire, la théorie de l'unité des forces physiques et de la réductibilité de toutes ces forces à une seule: le Mouvement. Le concept le plus simple que nous puissions concevoir devient donc en même temps le terme ultime auquel aboutit l'analyse scientifique et aussi le premier terme du connaissable, le premier phénomène

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