LA VIE ET LA PENSÉE 547 par sa méthode, se garder de la tentation de poétiser dans un moderne «De 11aturarerum », ce qui doit être strictement intellectuel, et cependant découvi-ir la loi qui, partout présente, trouvera son épanouissement complet dans la réalisation de l'idéal socialiste, fonder ainsi le socialisme sur toute la nature, sur toute la science, sur tout ce qui est et sur tout ce qui tend vers l'être ; n'était-ce pas là donner à nos doctrines la plus éclatante confirmation? C'est ce qu'a fait le Or Pioger. Reprenant dans de plus modestes proportions et complétant l'œuvre systématique de Herbert Spencer, le Or Pioger nous présente l'esquisse d'une haute synthèse qui peut s'appliquer à toutes les catégories de phénomènes étudiés par les diverses sciences, et qui est en même temps l'émanation directe des plus hautes généralisations scientifiques. Il n'a pas bàti, comme M.Fouillée:une métaphysique fondée sur la scienr:e, puisqu'il se déclare ennemi de la méthode métaphysique, mais un essai de conception du Cosmos, fondée rigoureusement sur l'expérience seule. La loi universelle dans laquelle semblent se condenser les lois partielles des sciences particulières, doit être suivie et vérifiée dans la complexité des divers ordres de phénomènes, d'abord dans les faits du monde physique, puis du monde mental et moral et enfin du monde social. Chacune de ces parties formera l'objet d'une étude spéciale et aussi d'un vclume spécial. Nous avons présenté nous-même aux lecteurs de la Revue, le premier volume de la série: Le Mondepbysiqtte, essai de co11ceptionexpéri111entale (Alcan, éditeur). (Voir Revue socialiste mai 1892). Aujourd'hu nous nous proposons d'analyser le 2° volume qui a paru sous le titre de: Lavie et la pemée et qui contient l'application de la loi universelle d'équilibration au monde biologique, ainsi qu'au monde mental et moral. Mais, avant d'entrer dans le détail, il est nécessaire pour l'intelligence des développements qui vçmt suivre, de rappeler les idées fondamentales qui forment l'objet du premier volume et d'exposer brièvement la méthode qui sert de guide à notre auteur. La théorie de la connaissance, c'est-à-dire la limitation forcée de notre faculté de connaître à la perception de simples rapports entre nous et les choses, est le fondement même de ces travaux. Le monde extérieur ne peut nous être connu que par les modifications. qu'il imprime à notre moi sentant. Toutes les notions que nous avons acquises sont donc relatives à nous, et si elles nous renseignent, ce n'est pas sur le monde tel qu'il est en lui-même, mais sur le monde tel qu'il se détermine en nous. La matière n'est donc aussi qu'une conception métaphysique, c'est-à-dire vide, puisqu'en dernière analyse, elle se résout non en quelque chose d'existant ontologi<]uement, absolument, nécessairement et par soi-même, mais en simples rapports entre les chose qui constituent les phénomènes et en simples déterminations en nous qui constituent nos sensations et nos perceptions.
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