LA REVUE SOCIALISTE constitutionnelles de la société, dont l'organe, la loi, en permet seule et en facilite la création et la conservation. C'est donc à la société tout entière, à la collectivité mème des citoyens, qu'il est nécessaire, à mon sens, de penser tout d'abord, quand on a à se préoccuper de rechercher et de découvrir le mode le meilleur, la méthode et les conditions préférables de la transmission des biens par succession. li n'est, en somme, aucun citoyen qui ne trouve son propre profit aux avantages généraux qu'assure à tOi.!Sle progrès de la collectivité. Faut-il s'arrêter devant l'argument spécieux qui consiste à prétendre, dans un sentiment égoïste et terre-à-terre, que l'intérêt de l'individu peut sur ce point se trouver en opposition avec les besoins et les devoirs de la collectivité? Qu'est-ce donc que l'individu? abstraction faite de la collectivité d:rns laquelle il vit, se meut et de laquelle il reçoit tout. Dans son orgueil d'appropriation. peut-il fermer à ce point les yeux, lorsqu'il parle de sa fortune. sur ses véritables ong111es, et sur les garanties qu'il peut, à lui tout seul, se procurer pour sa préservation? Faut-il aussi l'en croire, lorsqu'il est tenté de prétendre qu'il ne la doit qu'à ses seules forces, à son seul labeur personnel? Est-ce que les conditions même du travail individuel ne dérivent pas de son état en société? Isolé, l'individu n'est rien, ne peut rien. C'est la loi seule, c'est-à-dire le concours et la volonté de la collectivité, qui lui a permis d'acquérir et de conser\'U. Passons rapidement sur ces prémisses, puisqu'aussi bien, il ne s'agit pas ici d'apporter des restrictions à cette faculté, plus ou moins privilégiée, d'acquérir et de conserver: la transmission à titre gratuit nous occupe seule en ce moment. Une dernière observation cependant. L'homme n'attend pas, de la ~~ociété à bquelle il participe, seulement des profits matériels: il en est d'autr-::s, de moralité, de sentiment et même d'affection, qui constituent peut-être ses plus précieux avantag•ès. Or, l'inégalité des fortunes - mal peut-être iné\'itablc - mènerait \'ite à l'oppression et à la haine des citoyens les uns envers les autres - si elle n·a\'ait pour correctif l'égalité devant la loi - avec l'assurance d'une rémunération équitable, proportionnelle tout le moins aux besoins et aux efforts de chacun. L'inégalité dans les conditions de la naissance, la part si étrangen:e!'lt différente que ce fait brutal assure à l'homme nouveau-né, - qui en souffre ou en jouit sans avoir personnellement rien fait pour cela - est bien certainement l'une des causes les plus réelles et les plus C!'uel!es du trouble profond dont pâtit la société. Riches ou pauvres, nous en supportons tous - inégalement mais
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