LA REVUE SOCIALISTE Et si p"1-rhasard quelqu'un d'entre eux avait conservé sa raison, que pourrait-il répondre aux libéraux qui lui foraient honte de son action- ~< Pour sauvegarder vos libertés, pour préserver l'indépendance de vos débats, vous sollicitez ma désobeissance. Soit; mais si vous succombez, je paierai de ma vie l'échec de votre résistance; si vous triomphez, mon sort sera-t-il, du moins amélioré? Nullement. Quand la joue rougie des affronts qui me sont infligés, quand le cœur saignant des hun1iliations journellement subies, je céderai à quelque mouvement de révolte, c'est au nom du respect dù à la discipline que vous applaudirez à ma condamnation. Cette soumission passive à des règlements, qui aujourd'hui se retournent contre vous, vous me l'imposiez hier, vous me l'imposerez encore demain comme un sacrifi, e dù à la grandeur de la patrie. C'est maintenant contre vous qu'elle m'oblige à diriger mes armes: cruelle obligation, certes, mais en m'y résignant sa_ns révolte, c'est encore à vos exhortations que j'obéis. >' Le plus sùr moyen de rendre inviolables les quelques libertés dont nous jouissons, de nous réserver la possibilité de poursuivre en paix les réformes que nous désirons, c'est de briser entre les mains des réactionnaires l'arme dont ils sont toujours disposés à faire usage ( 1). Rien n'y peut contribuer plus efficacement que de gagner le cœur des soldats en prenant leur cause en main, en les dégageant de cette obligation d'obéissance passive dont on veut faire la condition de notre puissance nationale; comme si une réunion d'hommes au caractère déprimé, accoutumés à ceder à la crainte pouvait constituer une armée vigoureuse et enthousiaste, comme si la conscience que chacun d'eux a de ses droits et de sa dignité n'était pas au contraire la garantie la plus précieuse de l'énergie qu'ils mettront à les défendre si quelque puissance étrangère vient à y porter atteinte. Nous pourrons donc espérer que quiconque a souci de l'avenir des idées libérales se joindra à nous pour aborder le programme restreint que nous avons exposé. Puisse sa réalisation prochaine, en enlevant à nos adversaires tout espoir de repression sanglante, nous permettre de nous acheminer pacifiquement vers l'idéal dont nous conserYons le culte. Jean M1LÈs. ( 1) li serait imprudent de compter tirer de !"usage des explosifs brisants un avantage sérieux. Nos adversaires seraient mieux préparés que nous à en tirer parti, et il convient de remarquer que déjà !"initiative de leur emploi leur revient incontestablement, témoin ces phrases du général Siré de Rivières: « Lorsque l'armée pénc"'tra dans Paris, nous avions à protéger les cheminements qui devaient nous conduire jusqu·en arrière des batteries de la défense et les faire tomber. Je songeai de nouveau à mes grenades ; et comme leur emploi était particulièrement dclicat, je donnai la direction des cheminements à un officier de mineurs. La première grenade qui fut lancee éclata dans un atelier de modiste, dont le mobilier fut réduit en miettes, d"après le compte rendu de l'officier précité. Devant ce résultat foudroyant qui dépassait les besoins, on se contenta po~r le reste des cheminements de grenades ordinaires. »
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