La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

CHOSES MILITAIRES 539 aux ordres et aux caprices à'une assemblée délibù~mte qui change de système tous les ans et d'un ministre qu'on renvoie tous les six mois. Je veu,'<admettre que l"armée, toute dévouée aux institutions démocratiques de son pays, abhorre jusqu'à l'idée de jouer le role de prétoriens et d'imposer une dictature militaire: Mais il est telle circonstance qui peut faire jaillir en un éclat ou en une catastrophe la contradiction qui est au fond des choses ( 1) >'. Et ailleurs: « La loi étant faite par le peuple lui sera favorable s'il est assez éclairé pour aperce,·oir en quoi consiste so:1 intérèt. Elle aura donc pour appui le plus grand nombre des citoyens. Elle peut avoir pouï adversaires les classes riches, mais celles-ci ne s'insurgent pas ... Il est vrai qu'elles p~uvent conspirer et trouver l'un des leurs pour faire un coup d'État s'il dispose de l'armée. Ceci revient à ce que j'ai dit ailleurs: Une dém1 ocratie qui entretient une grande armée permanente n'est jamais sure de l'avenir (1) ». N.J.Yons-nous pas vu, il y a cinq ans, semblable tentative se produire et n'échouer que par l'insuffisance de celui qui avait pour mission de la conduire à son terme: l'espoir que les réactionnaires mettent dans un dictateur militaire n'est-il pas toujours vivace, témoin les flatteries qu'ils prodiguent à l'armée et à ses chefs, les exhortations auxquelles ils se livraient tout récemment encore. Et ce ne sont pas seulement les idées socialistes que l'on désire étouffer, mais toutes les aspirations libérales, toute indépendance intellectuelle. La haute bourgeoisie affiche chaque jour davantage des croyances religi.euses dans lesquelles elle espère trouver un frein aux tendances égalitaires de la démocratie et chaque jour elle s'efforce de peupler les cadres de l'armée d'un plu., grand nombre de ses représentants. Les jésuites font affluer leurs élèves dans nos écoles militaires. et sceptiques en m~jorité il y a quelques années, les officiers manifestent toujours en plus grand nombre des sentiments religiçUX qui, sincères ou simulés, témoignent également d'un esprit profondément rétrograde. Mais, nous dira-t-on, les officiers ne forment qu'une minorité dans l'armée: les troupes recrutées clans les rangs du peuple ne se préteront pas aux tentatives réactionnaires. Dangereuse illusion: les soldats ont la mobilité de caraclère de la jeunesse, on les gagne par des flatteries habiles, par quelques réformes trompeuses, quelques améliorations dans leur existence. On corrompt les cadres subalternes par des faveurs, inr la concession de quelques libertés, Puis, sous pl·étexte de troubles, aisés à fomenter, on aggrave brusquement le service, on consigne les troupes au quartier; alors, de faux bruits, quelques distributions d'argent ou d'eau-de-vie achèvent de les disposer à l'œuvre à laquelle on va les con11ier. ( 1) L"vcl~yc, iJ., Il, ::;8. ( 1) Lavckyc, id., 1, 2ï5·

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