La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

CHOSES MILITA!~ES feste aux yeux de quiconque a appartenu à l'armée et que justifie l'inégalité avec laquelles leur sont départies les chances d'avenir. La conséquence de ces antagonismes est que la discipline qui ne devrait être que l'effet de l'harmonie des tendances, la manifestation de l'esprit de solidarité est uniquement l' œuvre de la contrainte. « Au lieu de comp,rendre que l'armée doit être une réunion de citoyens égaux dans leur droit d'homme, n'ayant à accepter une réduction momentanée de ces droits qu'en des circonstances déterminées et régies par l'intérêt collectif, on continue à soumettre le soldat à un système de subordination outrée, à un véritable servage, à l'ombre d'un code militaire directement issu des vieilles ordonnances monarchiques. Le résultat, c'est que sous l'apparence de l'homogénéité et de la soumission, il existe dans l'armée de puissants éléments de dislocation et de révolte occultes. » (Dr Corre, Almanacb de la Question sooale, 1892). En comparant, comme nous l'avons fait jusqu'ici, la discipline actuelle à l'esprit de solidarité, nous avons ennobli celle-là plus qu'il ne convient. Le règlement sur le service intérieur qui la définit dans son préambule ne la considère que comme l'observation stricte de l'obéissance due par l'inférieur au supérieur. 11est muet sur les devoirs que contractent les hommes de troupe les uns envers les autres, sur les liens qui les doivent unir. Aussi chacun d'eux ne cherche-t-il qu'à se soustraire le mieux possible aux nécessités du service, dut le fardeau en être plus pesant pour les autres, à s'embusquer dans quelque sinécure; les emplois, même les moins compatibles avec la dignité humaine, sont recherchés avec empressement s'ils procurent quelques loisirs. Et c'est bien en vain qu'on chercherait à persuader aux hommes qu'ils ne sont que des coopérateurs dans l'accomplissement d'une même œuvre, qu'à l'heure de la lutte chacun devra compter sur ses voisins comme sur lui-même et que le gage le plus sûr de leur dévouement sera l'ardeur qu'il aura mise à développer sa propre instruction. Cinq ou trois années de présence sous les drapeaux ne suffiraient pas plus qu'une seule à leur inculquer cette croyance, si avant leur incorporation ils ont vécu dans une société où règne sans frein l'âpre concurrence, s'ils savent qu'après la libération, le camarade de la veille leur disputera avec acharnement les moyens d'existence. En un mot, une société bourgeoise, reposant sur l'individualisme égoïste, est impropre au développem.ent des vertu~ militaires, et cette cause de faiblesse n'est pas sans avoir été déjà soupçonnée, témoin ces paroles du Major Von der Goltz, parlant de la prochaine guerre. « Les Français sont, sans doute, disposés à la soutenir à outrance. Mais comme ils sont un peuple de bourgeoisie enrichie, bornée, prête au moindre revers à croire que tout est perdu, il sera facile de venir à bout de leur résistance. » Que l'on rapproche ce jugement de ce qu'écrivait M. Belfort Bax

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