LA REVUE SOCIALISTE que l'exception fasse oublier la règle» (G. L. M., L'officier et les cadres supémns, XIX; 84 à 89) ( 1). Aux hasards de la naissance doivent donc se substituer les hasards. de la fortune, et pour mieux nous le confirmer, l'auteur exprime ailleurs le regret que le corps d'cfficiers ne soit pas chez nous comme en Allemagne, au moment de -l'admission d'un candidat, appelé à émettre un vote sur lequel les considérë.tion~ pécuniaires exercent une influence considérable, et qu'une solde plus insuffisante encore aux derniers. échelons de la hiérarchie n'écarte pas du métier des armes quiconque n'a d'autres moyens d'existence que les émoluments qui y sont attachés. Regret bien superflu d'ailleurs, car actuellement le recrutement des cadres ne peut guère s'effectuer qu'au sein de la bourgeoisie. Le séjour dans les écoles militaires, les études obligatoires pour y avoir accès, nécessitent, en effet, des dépenses auxquelles l'immense majorité des familles ne saurait pourvoir, et, d'autre part, les officiers. sortant des rangs proviennent pour la plupart des fruits secs de l'enseignement secondaire ( 1). Il y aura, sans doute, quelques exceptions; mais chez ceux qui en bénéficieront des dispositions habiles prendront soin d'étouffer tous les sentiments plébéiens puisés dans leur milieu d'origine. Demeurentils célibataires, leurs aspirations généreuses, leur intelligence même ne tarderont pas à être assoupies par la monotonie et la puérilité des idées ressassées dans les pensions et cercles militaires, où les tableaux d'avancement, les promotions, les mesquines rivalités d'armes font à peu près seuls les frais de la conversation. Veulent-ils échapper à cette éventualité par le mariage, le règlement, en imposant un apport dota les obligera à épouser toutes les passions, tous les préjugés de labourgeoisie. Chaque jour s'accentuera le divorce de leurs opinions et de celles du peuple dont il sont issus, de l'éducation duquel ils sont chargés, à qui ils devront imprimer l'élan qui fait braver les dangers. Quel lien sympathique pourra exister entre la troupe composée, d'année en année, d'individus plus intelligents, d'esprits plus ouverts aux idées progressistes et des cadres recrutés presque exclusivement dans une classe hostile au progrès, maintenus avec préméditation dans les pensées les pl us étroites et les plus arriérées. Quelle cohésion unira même les officiers entre eux, alors qu'une origine différente éveille en leurs cœurs une jalousie, une hostilité mani- ( 1) L'ouvrage cité est pourtant bien loin d'être sans valeur; au merite de la franch(se l'auteur joint celui de présenter un plan bien conçu qui, appliqué il y a soixantequinze ans, au moment de la toute puissance de l'oligarchie bourgeoise, nous eùt assure e? Eurore une prépondéranée indiscutable; la critique qu'il fait de l'organisation actuelle n est que trop souvent justifiée et nous lui avons fait plus d'un emprunt. (1) S'ils eta"rnt dépourvus d'instruction lors èc leur entrée au service, ils sont à ce momer.t trop âges pour regagner les annees perdues et quelles que soient leur intelligence et leur opiniâtreté, jamais ils nr pourront s'clever bien haut dans la hierarchi~ militaire.
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