La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE individuelle se donne dans les gymnases, l'instruction d'ensemble, è.ans les camps. L'homogénéité des troupes est amenée à une perfection qu'elle n'atteindra guère par la suite, la tactique, la stratégie sont découvertes et les principes sur lesquels elles sont fondées sont encore ceux qui nous guident aujourd'hui. Viennent-elles à recevoir le choc des hordes asiatiques, composées d'éléments que n'assemble que le lien passager de la soumission à quelque conquérant, foules sans cohésion, sans croyances communes, que n'unit mème pas la similitude du langage, les phalanges grecques numériquement bien plus faibles remportent aisément la Yictoire. Mais quand la ruine des croyances sera consommée, quand l'antagonisme entre les riches et les pauvres se sera accentué, les cités grecques entreront en décadence et bientôt seront mûres pour la conquète. Les mèmes causes amènent la prépondérance de Rome; mais un jour aussi s'opère le divorce entre soldats et citoyens. l'esprit de corps subsiste seul d'abord, pour disparaitre quand les légions sont composées de barbares incorporés hàtiYement pour faire face au danger du moment. Alors les tribus germaines. moins civilisées, mais chez qui le ien social est plus solide, mettront en lambeaux le vaste empire romain. Plus tard, le noyau des armées féodales se compose de nobles rompus dès l'enfance au métier des armes, mais diYisés par de continuelles rivalités; la discipline leur est étrangère, et, comme aux époques de barbarie, le combat se résoud en un ensemble de duels particuliers. Lïnfanterie recrutée dans les classes inférieures, méprisée, sans lien matériel ou moral avec la cheYalerie est ,mal utilisée quand elle n'est pas considérée comme un embarras. Aussi, lorsque de telles armées se rencontrent avec les Anglais, chez qui la féodalité a de moins profondes racines ( 1), auxquels l'existence d'une forte classe moyenne assure un recrutement plus homogène, elles succombent successivement à Crécy. à Poitiers, à Azincourt. . En11n. la àernièrearrnée féodale, conduite par Charles le Téméraire. vient se briser contre les milices Suisses que lei.1rs. institutions civiles préparent admirablement à la discipline militaire. Au quinzième siècle se constituent les armées permanentes dont le recrutement devait primitivement être national; mais composées bien- . ( 1) <, Vers la fin du moyen-àgc, tandis qu'ailleurs le servage devenait plu, pesant, il s était formé en Angleterrc une classe nombreuse de cultivateurs, propriét:iircs, classe aiscc, indépendante. comprenant une infinité de degrés, depuis le squire qui touchait à la noble,se jusqu'au coticr, ouvrier rural qui avait aussi sa maison et ,on champ .. C est cette gcomaury qui a fait la force de l' Anglcterrc et qui a vaincu la chevalerie française pendant la guerre de Cent ans. ,, Laveleye. - Ln Propriété cl s;s formes fri1nitmes, chap. XXVIII. Voir aussi Karl Marx. - Caj>1/al, chap. XXVII. •

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