La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

CHOSES MILITAIRES 521 matériel en eut écartés. Nous ayons donc un égal avantage à tenir en éveil notre amour-propre national, et à le distinguer du chauvinisme qui n'en est que la caricature. " Le jugement qu'on porte sur sa société reflète celui qu'on pork sur :::oi-même; et affirmer les droits de ~a société, c'estaffirrner indirectement les droits de qui en fait partie, c'est-à-dire les siens ... L'excès de patriotisme chez une nation la rend agressive et vaniteuse. En a-telle trop peu, elle aura aussi trop peu d'inclination à revendiquer ses droits, qui seront alors violés par les autres nations; de plus, elle dépréciera les capacités et les institutions nationales, ce qui décourage l'effort et le progrès. •> (Herbert Spencer) (3). Soyons donc patriotes, mais soyons-le comme nos ancêtres de 1 793: comme eux, confondons dans une même aspiration l'amour de la patrie et de la fidélité à notre idéal de liberté et de justice sociale: propageons nos idées par la parole et par le livre, mais préparons-nous à les défendre, sïl le faut, par les armes contre les saintes alliances éventuelles. Puisque, dans les conditions mondiales présentes, le patriotisme est encore la raison d'être des armées, cherchons quelles sont les vertus qui font leur force. Les règlements, ·si nous les interrogeons à ce sujet, nous répondent que ce sont la discipline et la subordination. Sans contester cette vérité indiscutable, nous reconnaitrons, en nous plaçant à un point de vue p_luselevé, dans la discipline et la subordination militaires, l'application à une sphère limitée de la solidarité et de la coopération sociales. La puissance de celles-là est la conséquence de la pratique de cellesci, et un coup d'œil rapide jeté sur l'é\'olution des armées nous permettra de constater que, toutes choses égales, la troupe chez laquelle la solidarité entre les éléments composants, c'est-à-dire la cohésion et l'esprit de corps, a été le plus développée a vaincu les autres et que la valeur d'une armée a grandi en· raison de la sympathie qui la liait au peuple qui lui remettait le soin de sa défense. Entre les barbares de l'antiquité, un combat n'était, à vrai dire, qu'un ensemble de luttes individuelles engagées simultanément dans un but commun. L'histoire des cités grecques et latines nous révèle l'organisation des premières armées dignes de ce nom. Le lien qui unit les citoyens est plus étroit alors qu'il ne sera jamais; il ne consiste pas tant dans la concordance des intérêts que dans la communauté des croyances et des rites religieux; l'attachement à la patrie en est d'autant plus profond: car la destruction de la cité sera la déchéance absolue est irrémédiable de celui qui y est incorporé. Aussi la société -est-elle sous les armes en permanence, l'armée n'est que la cité envisagée sous un de ses aspects. En tout temps, pour tous les citoyens valides, l'instruction (3) Herbert Spencer. - Introduction à la seie11ct socia!e, p. :23.

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