La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA ~EVUE SOCIALISTE çaise, qui depuis, faussé peut-être dans son application, demeur,· encore la base la plus solide de nos institutions, c·est le droit pour les indi\·idus comme pour les collectivités de rester seuls maitres de leurs destinées. Le mot patriote, si en usage à l'époque de la Révolution, ne sign i fiait pas autre chose que l'attachement au régime nouveau qui assurait la jouissance de cette faculté: il n'impliquait aucune haine des autres. peuples, en tant qu'étrangers, de mœurs et de coutumes différentes des nôtres. Et n'est-ce pas encore à l'irritation que nous a causée la violation flagrante de ce droit qu'est due surtout la persistance du ressentiment qui a suivi nos dernières défaites. Cet enthousiasme pour la liberté qui rhélait notre unité et q~e la France à son tour éveillait en Europe il y a un siècle, est en ccre le germe qui donne naissance à de nouveaux groupements politiques. car dans l'agitation qui ébranle actuellement l'Orient sous le couvert du principe des nationalités, il convient, comme l'a montré Lavelcye ( 1) de voir avant tout la même passion de l'indépendance, le désir de se soustraire à la prépondérance d'une race conquérante imposant son autorité, ses lois, son langage. Un tel principe, de si justes revendications sont loin d'être en désaccord avec les données du socialisme, qui, s'il commande aux prolétaires de solidariser leurs intérêts avec ceux des prolétaires des nations voisines, de suivre avec sympathie leur développement intellectuel. de seconder leurs efforts vers l'émancipation, ne leur prescrit nullement de renoncer à leurs caractères nationaux à leurs tendances séculaires. Cette dissemblance des caractères est en effet une source de progrès ,< Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'œuvre commune de la civilisation: toutes apportant une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme. est la plus haute réalité idéale que nous atteignions ,, (Renéfn) (2). Loin d'être un obstacle a leur dheloppement, le socialisme. orienté vers la décentralisation et le fédéralisme. tendrait plutôt à multiplier et à accuser cesdiversités dont déjà l'heureux résultat au point de vue littéraire et artistique a été mis en relief par Laveleye et plus récemment par M. Malon (Rci'l/c Socialiste, mars 1893) et dont lïntluence au point de vue social n'est pas moins manifeste : il suffit pour s'en convaincre de considerer combien les théories très scientifiques. mais un peu étroites, importées d'Allemagne, ont été heureusement modifiées par l'allure idéaliste imprimée de longue date au socialisme français, qui, parlant plus au cœur, s'attachant à la régenération intégrale de la personnalité humaine dans toutes ~es manifestations, a p~ amener dans nos rangs ceux-mêmes que l'intérêt ( 1) Laveleye. - le gouvernemrnf dans la dimocratie, 1, liv. 11, chap. Ill. (2) Renan. - Loc. cit.

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