CHCS.ES MIL!T AIRES nous laisserait-êlle la liberté d'esprit nécessaire à cette étude? li y a plus, le militarisme pèse d'un poids si lourd sur nos finances, sème dans les cœurs tant d'inquiétude et de découragement, fait courir à une démocratie de tels ~angers, qu'il nous semble urgent d'engager sans délai la lutte avec lui, A ceux qui craindraient les périls que pem·ent faire courir à la nation la mise en discussion et la réforme de nos institutions militaires, nous pensons pouvoir démontrer, qu'en supposant même, comme le prétend Bagebot, que le progrès le plus indiscutable soit celui qui se révèle par un accroissement de puissance militaire, les principes qui présideraient à l'organisation d'une Société collectiviste, lui assureraient sous ce rapport une supériorité décisive sur toute autre régie par l'individualisme égoïste. Tout d'abord, nous réfuterons une objection spécieuse. Le parti .socialiste, en proclamant la solidarité internationale, ne tend-il pas·à la ruine du patriotisme qui seul peut donner aux armées la cohésion et l'enthousiasme viril qui leur sont indispensables? Une très courte dis- -cussion montrera que rien n'est moins fondé qu'une semblable allégation. Certes si une nation n'était autre chose qu'une réunion d'hommes, vivant sur un mème territoire, unis par la similitude des intérèts matériels, l'antagonisme des deux principes ne serait que trop éYident; mais. bien au contraire, la communauté des intérèts ne joue qu'un role très secondaire dans la formation et la vie des peuples. Leur discordance même, qui ne se manifeste pas seulement d'une classe à l'autre, mais encore parmi les membres d'une mème classe. serait plutot pour eux une cause de désagrégation. Comme l'a écrit Renan (1): ,, Une nation est une àme. un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette àme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent: l'une est la possession en commun d\111 riche legs de souyenirs; l'autre est le consentement actuel, le -dés1r de vivre ensemble, la -\·olonté de continuer à faire \'aloi r l' héritage qu·on a reçu indivis ... Avoir des gloires communes dans le passé. une \'Olonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà la condition essentielle pour ètre un peu pie. » La formation des caractères nationaux remonte à une haute antiquité; ceux qui seraient curieux d'avoir quelques éclaircissements sur les causes qui y ont présidé liront avec profit l'ouvrage de Bagehot sur le développement des nations. Toutefois, sans entrer dans de grands détails sur ce point, on peut constater que, sauf quelques intuitions à la fin des guerres de cent ans et des guerres de religion, la France n'a eu pleinement conscience de son unité nationale qLi'au déclin du siècle . -dernier. Le principe sur lequel s'est alors affümé la nationalité fran- ( 1) Renan. - Qu'es t-c~ q1i"1we 11atioii ? 1882.
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