La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE des esprits, et. _si le plus accrédité de leurs propagateurs, Herbert Spencer, est demeuré le champion de la bourgeoisie libérâtre, nous devons lui savoir gré, du moins. d'àvoir involontairement contribué à conduire le so::ialisme dans la voie féconde où il est engagé, Mais, alors que dans la sphère économique l'élaboration des traniôitions nécessaires est déjà fort avancée, les modifications correspondantes à l'organisation politique ont été moins approfondies. En particulier, si comme il est permis de le concevoir, entre le désarmement général, l'harmonie universelle, qui demeurent le but de nos efforts, et l'état actuel de paix armée. de guerre imminente, une période préparatoire est inévitable, les réformes appropriées à introduire dans notre régime militaire n'ont pas été l'objet de rècherches assez persévérantes. Nulle étude n'est pourtant plus indispensable, car nombreux sont les esprits qui, séduits par les doctrines socialistes, seraient disposés à combattre dans nos rangs. si les convulsions qui menacent à tout instant d'agiter l'Europe n'ébranlaient leur foi dans l'avenir de nos idées, si leur triomphe même ne leur· sembJait devoir être ajourné de crainte que sa première conséquence ne soit un amoindrissement de notre puissance nationale. Un tel amoindrissement leur parait d'autant plus dangereux que si les principes dont nous nous réclamons ne différent pas essentiellement de ceux qui inspirent nos voisins, pourtant notre tempérament national, les traditions que nous ont léguées nos précurseurs, leur ont donné un caractère d'ampleur et de générosité à la prédominance duquel nous sommes légitimement attachés. Dans une société en voie de régénération, faudra-t-il donc maintenir le militarisme actuel, faudra_t-il, au contraire, anéantir toute organisation militaire en présence de nations voisines qui, moins pénétrées des idées nouvelles, ou maintenues sous un joug despotique ne verront pas sans défiance les réformes que nous aurons accomplies? La première opinion ne peut se défendre; tout progrès dans une des sphères de l'activité humaine exige, pour être consolidé et définitivement acquis, des transformations corrélatives dans toutes les autres. Quant à la deuxième hypothèse, quelques-uns s'y rallient mais en bien petit nombre; la masse exagère plutôt la nécessité d'une force armée organisée suivant le mode consacré, et trop souvent même entraine des représentants socialistes à manifester à cet égard les sentiments les plus chauvins. C'est entre ces deux opinions opposées qu'il faudra chercher une conciliation provisoire. Mais, dira-t-on, assez de questions économiques, dont_ la solution est d'une urgence extrême, sollicitent l'attention; pour entreprendre une réorganisation militaire, ne peut-on attendre que les premiers pas soient faits dans la voie du progrès? Cela peut-il dispenser d'établir dès maintenant les bases de cette réorganisation; la période de troubles, d'hésitatio:1, de faiblesse qui suit toute révolution pacifique ou violente

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==