La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

REVUE DES REVUES consacrer la mention qu'il conviendrait, l'espace m'étant très mesuré ce mois-ci. Je me bornerai à citer l'appréciation de M. Fougerousse, dans la Réforme sociale. Le titre de cette revue jure singulièrement, comme le savent beaucoup de nos lecteurs, avec les opinions politiques et sociales qu'elle contient. C'est l'organe de l'école de Le Play, des unions dites de la Paix sociale, sociétés composées, en général, de conservateurs. A Paris. l'Union de la Paix sociale renferme presque· toutes les notabilités de l'économie politique la plus retrogradc, allant des catholiques à M, Leroy-Beaulieu. Jules Simon. Léon Say, etc., en font partie. L'opinion de la Réforme sociale présente donc un certain intérèt. Or, voici comment elle apprécie les résultats des élections générales au point de vue socialiste. Après avoir, en termes peu courtois, constaté les progrès considérables du socialisme, réalisés au double scrutin du 20 aoùt et du 3 septembre, M. Fougerousse annonce une débauche_<le discours et une inondation de projets de loi pour la législature qui va s·ouvrir. ,, Toute l'organisation de la société, dit--il, va y passer. car il faut faire de l'agitation à tout prix ... La situation actuelle se prète admirablement à cette mise en scène socialiste, car, la plus grande partie des députés de toute opinion se sont engagés dans leur profession de foi à réaliser enfin les réformes sociales depuis si longtemps attendues, et justement, il y a en cours une quantit~ de projets où le socialisme pourra s'épancher tout à l'aise : les accidents, les retraites ouvrières, les secours mutuels, la coopération, etc. » L'aveu est dépouillé d'artifice. M. Fougerousse reconnait sans ambages, qu'en dehors des circonscriptions qui ont élu des candidats socialistes, les candidats républicains de toutes nuances, mème la où des socialistes ont été battus, n'ont pu se faire élire qu'à la condition de promettre de s'atteler à l'œuvre des réformes sociales promises. Ceci posé, M. Fougerousse se demar-1de ce « que fera la majoritéen cette occurence. Cèdera-t-ellc à la crainte de se laisser distancer par les socia listes en marques de dévouement à la cause populaire; ou, par crainte des utopies socialistes, fera-t-elle machine en arrière? Le péril est presque le mème dans les deux cas, c:1r, si la majorité se cantonne dans une opposition négative, elle sera vite emportée par t.tn mouvement populaire; si. au contraire, elle se laisse entrainer par souci de la popularité ou en toute conscience, dans le courant populaire, nous serons, avant la fin de la législature, en plein socialisme d'État. ),) Tel est bien le dilemme dans lequel le parti républicain va se trouver enfermé. Quoi qu'en disent les organes de ce parti qui, comme le Temps, ou la Liberté, ou les Débats, sonnent l'hallali aux socialistes, il aura le choix entre ces deux éventualités : ou opposer un non volu11rns catégorique, une fin de non recevoir absolue à toutes les revendications socialistes, et alors la politique de résistance aboutira, tot ou tard, à une

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