La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE raient impuissantes à ressusciter l'activité industrielle, privée de l'un de ses deux n-ioteurs indispensables : le capital. » Ainsi, du jour où le capitaliste se verrait enlever les instruments de travail - c'est-à-dire le capital, mis à la disposition de ceux qui le fécondent, le capital n'existe plus. Les mines se comblent, les usines disparaissent, le charbon cesse d'alimenter de sa combustion la machine de la locomotive, le blé. à peine levé dans le sillon, se dessèche au souff1-:-dévorant du socialisme, tout ce qui est aujourd'hui utilisé ou façonné par la main de l'homme s'évanouit en fumée. Comme si une fée malfaisante l'avait frappée de sa baguette magique, la terre est subitement dépouillée de tout ce qui la recouvre, la roche est mise à nu et au lendemain de l'avènement du parti socialiste, le monde des travailleurs n'a plus que des cailloux à manger. Telles sont les billevesées que, sur le ton doctoral qui sied à un économiste de sa compétence et de son , autorité, M. de Molinari écrit sans sourciller, pour les lecteurs en général cultivés qui forment la clientèle ordinaire du Journal des Éco110111istes. Et il s'étonne ensuite que les classes dirigeantes actuelles qu'il rassure de la sorteet qui le croient sur parole, imitent, en face du socialisme, la quiétude de la noblesse sous l'ancien régime, à l'égard des reyendications de la bourgeoisie. Car au fond, M. de Molinari nourrit des craintes sérieuses. Il sent que la marée montante des revendications socialistes est provoquée par un état de choses vicieux. On a multiplié les impôts, comme fit la noblesse sous le règne de Louis XV et Louis XVI. On a abusivement élevé « le taux des rentes des propriétaires et des profits industriels. Le poids du gouvernement accable les épaules les moins robustes ... ,> Et que fait la classe dirigeante pour remédier à une situation pareillement désespérée? « Un Turgot. dit-il, s'il venait se présenter aYec un programme de réformes économiques et de gouvernement à bon marché, serait l'objet des risées des politiciens et de leurs decteurs influents. >' Alors, que faire? « Prendre son parti, et puisqu'aucune rl!forme n'est possible, se résigner de bonne grâce à laisser faire le socialisme et à l;.iisser passer la révolution, » conclut-il. A la bonne heure~ Pour une fois nous sommes d'accord avec l'économie politique, sur la doctrine du laissez-faire et du laissez-passer ainsi présentée et réduite. dans son application, â l'avènement du socialisme. Mais, plaisanterie à part, et sans nous arrêter à la contradiction choquante qu'il y a entre les divers passages que nous venons de citer ou de résumer, avec une fidélité scrupuleu::e, n'est-ce pas un signe des temps, cette crainte exprimée pour la première fois par un homme comme M. de Molinari? • • * Je retrouve d'ailleurs la même préoccupation, j'allais dire la même angoisse, dans un grand nombre de périodiques_ auxquels je ne puis

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