LA REVUE SOCIALISTE de phrases creuses, parlant des misères prolétarieuses, mais ne tra\'aillant que rarement, vivant de métiers louches, bel esprit devant le comptoir de zinc, suant la crasse, assommant sa femme et prêt du reste à trahir. Quant aux organisateurs de grèves, on sait bien que généralement ils reçoivent des sommes folles de l'étranger afin de ruiner l'industrie française. On les traite de Prussiens! et le tour est joué. Ce petit bagage suffit, quand on y joint un peu de verve et d'imagination; avec ces notions, un bon journaliste boulevardier vous écrit des articles de fond sur les questions ouvrières. Le bourgeois s'en pourlèche, et le gouvernement touché offre un ruban rouge au 14 juillet. Telle est l'opinion de la bourgeoisie commune au sujet de l'état intellectuel et moral du plus grand nombre de ceux qui lui font la guerre. Dans ce milieu. socialiste et surtout révolutionnaire sont des mots qui signifient : mauvais ounier. brute, fainéant, ivrogne ou récidi\'iste. On lit quelquefois et b~aucoup de gens ont la même croyance naÏ\'e, que les rèdeurs de barrière et les souteneurs de bas étage forment la fraction la plus énergique de l'armée de la Révolution. Ces descriptions sont-elles vraies? En est-il réellement ainsi? Peu importe au fond, car notre foi socialiste n'en serait pas moins ardente. En effet on pourrait peut-être démontrer par des exemples historiques que tous les mouvements sociaux profonds ont commencé à agiter les parties les plus in fimes et souvent les pl us mépris<!es du peuple. Une telle affirmation, si elle se trouvait exacte, ne prouYerait donc rien contre la valeur des doctrines. Mais nous prétendons, au contraire, que ces tableaux sont pure fantaisie; on im·ente ces làches calomnies pour plaire aux riches distributeurs de réputation et de chèques. La démonstration du contraire se trouve dans les travaux de certains écrivains bourgeois préoccupés du seul souci de la vérité. Interrogeons-les. En ce qui touche à l'Allemagne, nous possédons un document intéressant et pris sur le vif. M. le pasteur Goehre a voulu connaitre à fond les ouvriers socialistes. Il s'est rendu à Chemnitz. en Saxe. un des centres les plus ardents. Couvert de vêtements ràpés. il est allé demander du travail dans une fabrique; pendant trois mois, sa vie a été celle des travailleurs les moins heureux - Q.i'a-t-il observé? ( 1) Aux réunions de l'Association électorale démocratique de son quartier, il constate qu'on encourage chacun à prendre la parole aÎln de former des orateurs,, et que l'on rencontre chez de simples ouvriers un « sans critique très aiguisé, parfois même ils dépassent en capacité des « bourgeois d'éducation moyenne. » Ces ouvriers ne sont donc pas des brutes. Je soupçonne fort que ce sont là en même temps les plus intelligents et les plus ardemment dévoués à la cause. M. Goehre constate (1) Drei Monate Fabrikarbcitcr von Paul Gochre. - Leipsig.
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