La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

454 LA REVUE SOCIALISTE traire ou le désordre, il faut donc choisir, il n'y a pas de milieu. La Providence sociale, c'est la science sociale. » Après cet exposé magistral de la méthode et de la doctrine sociologiques, voyons comment va se constituer la science sociale et comment vont se dégager les lois sociologiques. « Les phénomènes sociologiques se présentent tout d'abord à nos observations, comme tous les autres phénomènes naturels, sous leur forme concrète, complexe, comme un agrégat compact d'éléments divers, mais confus et non encore dissociés pour notre intelligence. La première opération consiste à dissocier par l'analyse ces éléments combinés, à les réduire à leurs éléments les plus simpl~, irrrductibles. 11 faut, en effet, entendre par éléments sociologiques ceux qui, par l'analyse, ne peuvent être ramenés à des constituants plus simples sans empiéter sur les domaines des sciences antécédentes. C'est ainsi qu'en biologie, les éléments les plus simples sont les éléments anatomiques ultimes que l'analyse anatomique parvient à dégager sans pénétrer sur le terrain réservé à la chimie. « Or, l'analyse ou l'anatomie sociologique nous montre comme facteurs les plus généraux et les plus simples, deux éléments irréductibles, le territoire d'un coté, la population de l'autre. Ces deux éléments, tissés de façons diverses, constituent la matière élémentaire de tous les phénomènes sociaux", (p. 75). « Les corps sociaux ont été trop souvent, et l'on peut dire presque toujours, conçus comme de simples associations d'êtres humains; ces associations vivantes sont aussi inséparables de leur milieu que la tortue de sa carapace; impossible d'imaginer un phénomène so.:iologique quelconque dans la composition duquel n'entre pas, sous une forme plus ou moins prépondérante, une part matérielle et inorganique de l'espace astronomique ou géographique : il est possible dïmaginer un territoire sans population, il ne l'est pas de concevoir une population inconditionnée ou indéterminée par aucune influence climatérique et géologique, générale ou locale>'. (lntr. à la Sociologie., 1ro p., p. 49). Nous partageons tout à fait l'avis de notre auteur sur l'importance du territoire - ,< et par là il faut entendre toute la phénornènalité inorganique et même organique autre que lî1omme. - (111/rod., p. 50). Nous croyons aussi qu'il est indispensable d'étudier les rapports et les combinaisons diverses que peuvent nous offrir le territoire et la population. Cela peut bien nous conduire à une notion statistique plus ou moins exacte de lïnflucnce générale des agents externes ou réciproques des grandes fonctions sociales; mais il ne faut pas oublier que nous n'arriverons p-:iint à saisir véritablement les lois organiques, les lois vitales, c'est-à-dire les lois sociologiques vraies. Que nous em isagions le corps social comme un organisme vivant, ou avec de Grecf, comme u11 superorganisme, nous devons, avant tout, chercher à pénétrer sa loi

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