La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVüE SOCIALISTE cette philosophie générale, les spécialistes, non seulement ne pourront jamais être que des particularistes très bornés et sujets à toutes les divagatfons des qu'ils seront, comme c'est inévitable pour tout homme vivant en sociétés. entrainés à sortir du domaine restreint de leur activité ordinaire. mais ils en arriveront même à être <les spécialistes inférieurs en intelligence à ceux de lems confrères dont l'équilibre intellectuel n'aura pas été déformé comme le leur par l'exercice de fa.:ultés isoltes. Il se produira, et il s'est malheureusement produit déjà, dans le domaine des professions dites libérales, le même phénomène qui s'est manifesté dans le domaine industriel : la di,·ision excessiYe et sans contrepoids du travail amènera l'automatisme machinal et finalement une atrophie mentale générale. » C'est là une conséquence de la loi de solidarité ou synergie fonctionnelle qui régit la vie physiologique aussi bien que la Yie psychique : toute prédominance exclusive d'un organe, d'une fonction, d'une idée, d'une tendance, entraine une rupture de l'équilibre d'ensemble et proYoque un trouhle, constitue un danger de dissociation pour l'indi\'idualisation. De là, pour les sociétés, les souffrances, les crises et les révolutions ou les cataclysmes comme conséquence d'un défaut de parallélisml' dans le développement des gïands facteurs sociaux ou de l'opposition croissante, de l'antagonisme irréductible entre la Production et la Consommation, entre les besoins ou aspirations et les réalisations. Aussi de Greef a-t-il parfaitement raison de définir la loi ,1 le rapport nécessaire qui existe entre tout phénomène et les conditions où ce phénomene apparait ~-(p. 35). ,< Le rapport nécessaire, abstraction faite de touks les circonstances locales ou temporaires, c'est-à-dire quel que ::.oit le corps :,OCial observé, relie indissolublement les phénomènes scientifîqucs entre eux. tant à l'état statique, c'est-à-dire sous le rapport de l~ur structure générale, qu·a l'état dynamique, c'est-à-dire sous le rapport de leur évolution et de leur action réciproque,,. C'est en tenant compte de la complexik énorme Lks faits sociaux, c'est en se pénétrant bien de la pluralité des facteurs ou conditions des phénomènes les plus simples, en apparence. ,1u·on t.:\·itera le danger de l'abstraction à outrance, l'erreur du simplisme ml'taphysique. ,< L'application des théories darwiniennes, essentiellement biologiques. aux phénomèn-:s so.:iaux est un exemple du danger auquel on s'expose en cherchant à ramener des phénomènes complexes qui ont des lois en partie propres à eux seuls et en partie communes an~c les autres sciences uniquement à ce dernier caractère. Les simplificateurs à outrance de cette école en sont naturellement arrivés, par ce procédé Yicieux, à perdre not,rn1111entde vue que la lutte sociale pour l'existence n'est pas ~eulement représen_tée par un irréductible antagonisme,

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