LA MORT Dt MALON 44 1 A mes questions inquiètes et empreintes d'une respectueuse et vive sympathie, sur son état de santé, et à mes vœux de prompte guérison, Malon me répondit, au moyen d'un crayon sur une ardoise: « Si j'en réchappe, j'aurai payé cher les trois mois de convalescence dont j'ai besoin pour achever le principal de mon œuvre ! Heureusement que j'ai appris la philosophie, et qu,: )'t'stime que la vie 11'(st d/>sirab{cq11'auta11t qu'dk peut ari: utile au bim dt: tous ». Belles et sublimes paroles, on en conviendra, dans la bouche d'un homme qui ven:iit de voir. la mort de si près ! Tout l'homme est contenu dans ces quelques mots-là. Il nous reste, pour terminer dignement cet échaffaudage de citations élevées à la mémoire de Benoit Malon, à donner la partie de son testament, qui n'est pas d' ordr~ purement privé. L'on ne nous pardonnerait pas de faire précéder d'un commentaire quelconque ces belles pages écrites par un Marc-Aurèle socialiste. A MON AMI RODOLPHESIMON Cannes, 6 janvier 189:2. Dans le cours d'une vie déjà longue par les travaux et les épreuves et où les peines morales et les tribulations de toutes sortes ont laissé peu de place aux heures heureuses, trois grandes joies m'ont été données dont je bénis la destinée. 1 ° Avoir pu, par la plume, par la parole, par l'action, bien imparfaitement il est vrai, combattre le bon combat pour l'amélioration morale et sociale des conditions humaines, pour la dimmution de la sou ffrance universelle. 2° Avoir rencontré de chaudes sympathies et de bonnes affections auxquelles j'ai bien répondu; je ne puis écrire ici les noms qui se pressent sous ma plume, mais ils sont gravés dans mon cœur et n'en sortiront qu'après son dernier battement. 3° (Ici un parngrapbe à s011a111Ri odolphe Si111ont.rop person11eplour êtrepublié). Pauvre j'ai vécu pauvre je mourrai . . . . .Après quarante-six ans d'une vie de travail, de combat, mêlée de plus d'une amertume et de bien d'épreuves, je me sentais arrivé à la maturité et capable enfin d'exprimer, trop mal sans doute, les idées philosophiques et socialistes dont l'ensemble constitue la religion de ma vie, la religion dans laquelle je vivrai désormais et mourrai.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==