La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

440 LA REVUE SOCIALISTE C'est à bon droit que Malon intitulait sa dernière œuvre : « le Socialisme intégral >'. Nul, en effet, n'aura plus que ce maître ouvrier travaillé à rendre au socialisme l'intégralité de son domaine. A. MILLERAND. Extrait du Mid, Républicain : A PROPOS DE BENOIT MALON Mon cher Louis Ariste, J'ai connu Benoit Malon, en 1854, dans le département de l'Ain, dans une ferme où il était pâtre, aux environs de Chalamont. Nous avions treize ans l'un et l'autre ; ii savait à peine lire et ècrire ; mais essayait de s'instruire et bientàt parvenait à se rendre capable de tenir les écritures du fermier, - sorte d'homme d'affaires de village - dont les exploits effrayèrent bien vite Malon qui se tira de ses griffes dès qu'il le put et vint à Puteaux, près Paris, après un court retour à Prétieux, dans la Loire, son pays natal. Sous l'Empire, en 1870, 'nous nous retrouvàmes en la prison d'État de Beauvais, avec Léo Franckel, Germain Casse, Lissagaray, Dereure, Thelsz, Duval, Chardon, Trinquet, et quatorze autres. Au 5 septembre suivant, la République nous délivra. Depuis, nous ne nous sommes plus perdus de vue et Benoit Malon a été pour les miens et pour moi un camarade, un ami, un frère. Excuse-moi donc, si, au lendemain de sa mort, après son affreuse agonie d'une année entière, je ne puis trouver la force de te parler autrement que pour te dire : il fut l'ami du peuple et l'homme de bien le meilleur que l'on puisse donner en exemple. Cordialités. M.-A. GROMIER. Du Phare du LittoraldcNicc, sous la signature de M. François Bonjean: Malon était de ces hommes dont on peut quelquefois ne pas partager toutes les opinions, mais auxquels on ne peut refuser son estime, parce qu'ils sont sincères et fidèles à leurs convictions. Nos lecteurs se rappellent peut-êtn.: encore l'interview d'Amilcarc Cipriani que j'ai publiée ici même, à la date du 18 mars dernier, laquelle interview j'étais allé prendre au fameux soci:ilistc italien chez son ami Benoît Malon, villa Marie-Cécile, à Cannes. C'était la première fois que je voyais le sympathique et éminent directeur de la RL"Vllt! socialisfr. Et, certes, je n'oublierai jamais cette triste et pénible entrevue, à laquelle j'avais été convié par le malade lui-même, qui, peu de mois auparavant, m'avait fait l'honneur de m'adresser un exemplaire de son clern ier livre: "Précis historiq1i.•, fh,:oriq11<' et pratiq111: c/11soci,1lis111L', avec une flatteuse dédicace, duc, sans doute, à la similitude de nos idées politiques. qu'il avait pu remarquer dans mes articles publiés dans le PharL' du littoral. ~1and j'entrai dans la chambre de l'illustre malade, profondément ému. je vis Benoît Malon, assis dans un fauteuil, la tête et les oreilles entourée~ d'un bandeau, une canule posée dans la gorge, le visage pàle, mais rempli d'un courage et d'une résignation stoïques.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==